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Les monnaies locales flambent en Bretagne !

samedi 29 octobre 2016, par Gérard Borvon

Heol, buzuk, galleco, bigaille... De tous coins de Bretagne, les monnaies locales flambent. De plus en plus de consom-acteurs veulent redonner un sens éthique à l’argent au service du développement local, durable et solidaire, et non à la spéculation.

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« Vêtements, nourriture, cadeaux, médecin, coiffeuse... À part le Quartz, le cinéma et les services publics, on peut très bien vivre à Brest au quotidien en payant avec des heols. Rien de plus facile : on échange ses euros contre des heols - un euro = un heol - dans un comptoir (*) et c’est tout. C’est simple mais ça change tout. Car, en faisant ses achats, on agit » affirme Élodie.

Acte citoyen

Agir... La jeune prof de français, comme 900 autres personnes, a adhéré par conviction, à Heol, la plus ancienne des monnaies locales en circulation en Bretagne : « C’est motivant. Par ses achats, on favorise les entreprises et productions locales qui, de plus, ont signé une charte de qualité. C’est aussi bon pour l’emploi et l’investissement. Chaque euro échangé est placé dans une banque éthique qui prête cet argent pour des projets liés au développement durable. De plus, cet acte citoyen ne demande pas d’effort : on dépense ; c’est tout ». Samuel, 26 ans, conseiller en énergie, est, lui aussi, satisfait « de redonner du sens à la monnaie. Dans le système bancaire traditionnel, 98 % de l’argent va à la spéculation ». Comme Élodie, il a rejoint le réseau des bénévoles d’Heol : « On se fait plein d’amis et on découvre des commerces étonnants ».

3 % du chiffre d’affaires

De fait, les « prestataires » Heol sont, eux aussi, militants. À commencer par le Beaj’Kafé, centre de ralliement des Héoliens (?). Il y a aussi Virginie, la pétillante coiffeuse d’Abracadacou’p, qui a adhéré « pour éviter de subventionner les multinationales », satisfaite d’appartenir à un groupe de commerçants qui ont les mêmes valeurs. Valeurs que partagent Adeline et Bruno, à Landerneau, qui ont élargi la clientèle de leur librairie et développé de nouveaux rayons : cuisine, économie solidaire, environnement. Toujours à Landerneau, l’un des plus fervents promoteurs de Heol : Frédéric Le Saout, gérant de la Biocoop, qui utilise la monnaie locale pour son système de fidélisation de sa clientèle. 3 % de son chiffre d’affaires seront réalisés en heols, cette année. Son ambition : atteindre les 5 à 10 %.

Salaires en heols

Souvent intéressés, les clients s’interrogent néanmoins sur ce que deviennent les heols encaissés par les commerçants : « Je paye cinq de mes fournisseurs avec et une partie du salaire de certains employés », explique le gérant de Biocoop. « On les utilise aussi pour nos achats personnels » confie, quant à lui, Max, dans son Food Truck Listo Papito. « On explique aussi que heol n’est pas un truc de bobo ou de babas-cool ». À ce propos, Heol va tenter une expérimentation avec la Maison pour tous de Landerneau et vingt familles en précarité économique.

Un paiement numérisé ?

Plus largement, si le succès est au rendez-vous - avec un décollage depuis le film « Demain » en 2015 - l’association sait que les 100.000 heols de chiffre d’affaires ne sont pas suffisants. « La pérennité du système passe par un renforcement du réseau », explique Mona Houssais, animatrice salariée. Les comités d’entreprises sont démarchés. L’engagement des collectivités locales est également recherché, sous forme de subventions mais surtout par l’ouverture des services publics (cantine, transports, piscine...) au paiement en heols. Faudra-t-il, aussi, élargir l’échelle du territoire, au-delà des 400.000 habitants du Pays de Brest ? Faudra-t-il, par ailleurs, proposer un paiement numérique, au risque de perdre le contact direct avec la monnaie ? Si la vocation nationale du tout récent Coopek (ci-dessous) suscite des réticences, la dimension régionale n’est pas écartée. Des contacts ont ainsi été noués avec le Galleco de Rennes. Quant à la numérisation, certains estiment que cela pourrait élargir la clientèle et faciliter les transactions entre grandes entreprises. Le débat est ouvert. Seule certitude : les monnaies locales peuvent compter sur un fort capital humain. * Liste sur www.heol.infini.fr

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