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Histoire de la chimie. Quand Mendeleïev croyait au pétrole éternel.

samedi 24 mars 2012, par Gérard Borvon

Un article du journal "La Nature" de 1889 fait état de l’opinion du chimiste russe Mendeleïev, l’auteur du tableau périodique des éléments concernant l’origine du pétrole dont l’usage commence à se développer.

Pour lui il est d’origine minérale et synthétisé dans les profondeurs de la terre.


L’action de l’eau sur les carbures métalliques terrestres.

Le manteau terrestre, dit-il, est formé de nombreux carbures métalliques. Ceux-ci, en profondeur sont portés à haute température et à haute pression. Quand des failles se produisent lors des mouvements de la croûte terrestre, de l’eau peut s’infiltrer jusqu’à ces carbures.

Une réaction se produit alors avec les carbures métalliques qui les transforment en oxydes en libérant de l’hydrogène qui se lie au carbone pour former des hydrocarbures dont la composition dépend des conditions de la réaction.

Ceux-ci sont volatils et remontent vers la surface en se condensant et se complexifiant au passage.

Ainsi, pense-t-il, il n’y a pas lieu de craindre un tarissement des puits de pétrole, celui-ci se reformant au fur et à mesure qu’il est consommé. Il est vrai que sa visite aux puits américains lui laisse croire que ceux-ci sont inépuisables, tant leur débit est régulier.

L’idée est séduisante. On sait depuis Edmund Davy, en Angleterre en 1836, que l’action de l’eau, à froid sur le carbure de calcium (Ca C2) produit de l’acétylène (C2H2) et de la chaux éteinte (hydroxyde de calcium Ca(OH)2 ).

La théorie, dite abiotique, s’oppose celle, biotique, de ceux qui attribuent aux hydrocarbures une origine biologique.

Dans le camp des "abiotiques", Mendeleïev a eu des prédécesseurs.

Des prédécesseurs.

Parmi ceux-ci, au début du XIXe siècle, le géologue et chimiste allemand Alexander von Humboldt et le thermodynamicien Gay-Lussac : selon eux, le pétrole serait en fait un matériau primordial de la terre issu de grandes profondeurs, qui parviendrait en surface par des éruptions à froid.

Des successeurs.

La théorie "abiotique" fit l’objet de nouvelles recherches et d’une tentative de mise en pratique en Union soviétique dans les années 1950 et 1960, en particulier sous l’inspiration de Nikolai Kudryavtsev.

Largement ignorée en Occident du fait des faibles volumes de pétrole abiotique découverts, elle n’a jamais suscité de réel intérêt parmi les géologues et est de nos jours majoritairement considérée comme scientifiquement non fondée.

Le pétrole est bien d’origine organique et ses réserves sont limitées.

Telle est l’opinion de l’ensemble des scientifiques aujourd’hui, même si certains s’accrochent encore à une théorie abiotique qui verrait les nappes de pétrole se remplir éternellement au grand péril de voir son utilisation transformer la terre en fournaise.

Quant au carbone, il existerait dans le noyau terrestre sous la forme de carbure de fer, F3C, dans le manteau terrestre, par contre, il se présenterait sous forme de carbonates à l’état de liquides chauds et compressés qui remontent parfois dans les laves de certains volcans et dans les dorsales océaniques. Quant ils agissent sur l’eau, c’est du gaz carbonique qui se dégage.


Mendeleïev est évoqué dans l’ouvrage :

Histoire de la chimie. L’oxygène, de l’alchimie à la chimie. Un livre chez Vuibert.

Suivre le parcours de l’oxygène depuis les grimoires des alchimistes jusqu’aux laboratoires des chimistes, avant qu’il n’investisse notre environnement quotidien.

Aujourd’hui, les formules chimiques O2, H2O, CO2,… se sont échappées des traités de chimie et des livres scolaires pour se mêler au vocabulaire de notre quotidien. Parmi eux, l’oxygène, à la fois symbole de vie et nouvel élixir de jouvence, a résolument quitté les laboratoires des chimistes pour devenir source d’inspiration poétique, picturale, musicale et objet de nouveaux mythes.

À travers cette histoire de l’oxygène, foisonnante de récits qui se côtoient, s’opposent et se mêlent, l’auteur présente une chimie avant les formules et les équations, et montre qu’elle n’est pas seulement affaire de laboratoires et d’industrie, mais élément à part entière de la culture humaine.

Histoire de l’oxygène. De l’alchimie à la chimie.

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voir aussi :

Histoire du carbone et du CO2.

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Dérèglement climatique, fonte des glaces, cyclones, sécheresses…,
coupable : le dioxyde de carbone. Pourtant sans ce gaz
il n’y aurait aucune trace de vie sur Terre.

Un livre chez Vuibert.

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L’auteur nous fait suivre la longue quête qui, depuis les
philosophes de la Grèce antique jusqu’aux chimistes et
biologistes du XVIIIe siècle, nous a appris l’importance du carbone
et celle du CO2.

L’ouvrage décrit ensuite la naissance d’une
chimie des essences végétales qui était déjà bien élaborée avant
qu’elle ne s’applique au charbon et au pétrole. Vient le temps de
la « révolution industrielle ». La chimie en partage les succès
mais aussi les excès.

Entre pénurie et pollutions, le « carbone fossile » se retrouve
aujourd’hui au centre de nos préoccupations. De nombreux
scientifiques tentent maintenant d’alerter l’opinion publique.
Seront-ils entendus ?


contact : http://seaus.free.fr/spip.php?page=...

gerard.borvon@wanadoo.fr



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