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Feu, Air, Eau, Terre. Aristote et les quatre éléments.

mardi 22 août 2017, par Gérard

Nous poursuivons notre chemin à la rencontre de tous ces hommes habités par la même obsédante question de l’origine de la vie sur Terre.

Nous y avons rencontré Empédocle, le poète, le prophète. Puis Platon, le géomètre. Nous allons à présent rencontrer Aristote dont la pensée a traversé les siècles.

Les guides sont nombreux pour cette partie du trajet et leurs traductions se recoupent pour ce qui est de l’essentiel de notre sujet. Nous emprunterons à chacun de ceux que nous avons rencontrés au gré de nos lectures.

Aristote (-384 ; -322). a été le disciple de Platon à l’Académie, ce qui ne l’empêchera pas de combattre ses idées. On retiendra aussi qu’il a été le précepteur de Alexandre le Grand et qu’il a créé sa propre école : le Lycée.

Il expose ses idées sur la matière dans son traité "de la Génération et de la corruption". Nous ,ne retiendrons de la longue réflexion qui introduit ce texte que le débat autour de l’hypothèse que "la génération de tout objet particulier équivaut à la destruction de tel autre, et réciproquement".

Des quatre éléments aux quatre qualités :

Aristote réfute les propositions de ses prédécesseurs, citant explicitement Empédocle et Platon. Rechercher les principes des corps, affirment-il, c’est rechercher ceux qui sont sensibles aux sens. Et parmi ceux-ci sel le toucher peut parvenir à une bonne information. Qu’apprenons nous en touchant un corps ? Les sensations se décrivent toujours pas des oppositions. Ce corps est-il chaud ou froid, sec ou humide, lourd ou léger, dur ou mou, visqueux ou friable, rugueux ou lisse, épais ou fin ? De ces couples, Aristote ne retient que le chaud et le froid ainsi que l’humide et le sec car, dit-il, "les autres oppositions dérivent de ces premiers contraires". Il est évident pour lui que "le visqueux relève de l’humide, puisque le visqueux est une sorte de liquide ayant subi une certaine action, comme par exemple l’huile. Mais le friable relève du sec, puisqu’il est complètement sec, au point que sa rigidité peut être considérée comme un effet du manque d’humidité". De même le mou relève de l’humide et dur du sec.

Ainsi conclut-il : "Il est donc évident que toutes la autres différences peuvent être ramenées aux quatre première qui, elles, cependant, ne peuvent pas être réduites à un plus petit nombre car le chaud n’est pas la même chose que l’humide et le sec, ni l’humide la même chose que le chaud ou le froid, pas plus que le froid et le sec ne sont subordonnés ni entre eux ni au chaud ou à l’humide. Il n’y a donc nécessairement que ces quatre différences premières". Ainsi décide Aristote.

Six couples sont possible de ces qualités premières. Aristote en fait naître quatre éléments car dit-il "Comme il y a quatre éléments, et que les combinaisons possibles entre quatre termes sont au nombre de six ; comme, cependant, les contraires ne peuvent pas être combinés entre eux, le chaud et le froid, le sec et l’humide ne pouvant se confondre en une même chose, il est évident qu’il n’y aura que quatre combinaisons d’éléments, à savoir celle du chaud et du sec, du chaud et de l’humide, du froid et de l’humide, de froid et du sec.

Ceci est une conséquence logique de l’existence des corps qui apparaissent simples, le feu, l’air, l’eau et la terre. Le feu, en effet, est chaud et sec, l’air est chaud et humide, étant une sorte de vapeur, l’eau est froide et humide, le terre est froide et sèche".


La "croix" d’Aristote rencontrera un succès durable.

Tout se transforme.

"Il faut dire maintenant de quelle manière s’opère la transformation réciproque et s’il est possible que tout corps simple naisse de tout corps simple, ou si cela est possible pour certains corps et impossible pour d’autres. " poursuit Aristote. Il a déjà exposé que "la génération des corps va vers les contraires et vient des contraires" ainsi chaque corps pourra se transformer en son contraire et réciproquement".

Illustration : "Ainsi le feu se transformera en air par le changement de l’une des eux différences. L’un est en effet chaud et sec, l’autre chaud et humide, de façon qu’il suffit que le sec soit dominé par l’humide pour qu’il y ait de l’air. L’air à son tour se transformera en eau quand le chaud est dominé par le froid, puisque l’un est chaud et humide et l’autre froid et humide, de telle sorte qu’il suffit que le chaud change pour qu’il y ait de l’eau.
De la même manière l’eau peut se transformer en terre et la terre en feu, car les deux couples d’éléments ont des rapports réciproques. L’eau est en effet froide et humide, la terre froide et sèche, de façon qu’il suffit que l’humide soit dominé par le sec pour qu’il y ait de la terre. D’autre part le feu étant sec et chaud, la terre froide et sèche, si le froid est détruit, du feu viendra la terre.
Il est donc évident que la génération des corps simples s’opère en cycles fermés, et ce type de transformation est le plus aisé grâce à l’existence de rapports entre les éléments consécutifs
".

Il constate dans le même temps que certains changements se font plus difficilement car certyains éléments ont des qualités opposées. Ainsi le feu, sec et chaud et son contraire, l’eau humide et froide. Ou encore l’air humide et chaud et la terre sèche et froide. Ces changements, dit-il, seront plus lents et il faudra l’action conjointe de deux éléments. Ainsi ce sera du feu (chaud, sec) et de l’eau, son contraire (froide, humide) que viendront l’autre couple contraire : la terre (froide, sèche) et l’air (chaud, humide).

Un modèle qui rencontre le succès.

Si les polyèdres de Platon, se démontant et se recombinant en d’autres figures comme nos modernes "mécanos" ou légos" peuvent prêter à sourire, les éléments de Aristote ont pu sembler pouvoir décrire la réalité observable. Chauffer de l’eau, c’est à dire y faire agir le feu, ne donne-t-il pas de l’air (la vapeur d’eau invisible) et de la terre (le dépôt solide et sec qu’on ne manquera pas de trouver à la fin de l’opération dans le vase ayant contenu le liquide). Nous verrons que le modèle a traversé les siècles et qu’il a fallu Lavoisier à la fin du 18ème siècle pour prouver que l’eau ne peut pas se transformer en terre.