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Pesticides, résidus de médicaments vétérinaires dans l’eau du robinet. A quand la volonté d’agir ?

vendredi 19 juin 2020, par Gérard Borvon

Un article de la gazette des communes.

Nouvelles alertes sur les micropolluants dans l’eau potable

Publié le 18/06/2020 | Mis à jour le 19/06/2020 Par Sylvie Luneau • Club : Club Techni.Cités

Deux nouvelles études, l’une sur les pesticides, l’autre sur les résidus de médicaments vétérinaires, viennent à nouveau alerter sur la présence de micropolluants dans l’eau potable. Mal connus, les risques sanitaires de ces expositions chroniques à de faibles doses inquiètent. Les résultats interrogent aussi sur la durabilité du système agricole actuel.

https://www.generations-futures.fr/wp-content/uploads/2020/06/exppert-12-eau-version-finale.pdf

- Expo-Veto :

http://www.bretagne.prse.fr/IMG/pdf/rapport_final_expoveto.pdf

Sous le nom de code EXPPERT 12, Générations Futures vient de publier les résultats d’une enquête nationale sur la présence de pesticides dans l’eau du robinet. Elle se base sur les prélèvements d’eau distribuée en 2019, analysés dans le cadre du contrôle sanitaire des agences régionales de santé (ARS). Les résultats montrent que les pesticides sont présents dans plus de 35 % des analyses. En outre, plus des trois quarts sont des perturbateurs endocriniens suspectés ou ont des propriétés cancérogène, mutagène, reprotoxique (CMR).

L’ONG s’inquiète de cette exposition chronique à de faibles doses sur le long terme. Elle rappelle l’échec cuisant des plans Eco-phyto basés sur le volontariat. Malgré les millions d’euros publics investis dans ces actions, loin de diminuer, le nombre de pesticides employés n’a fait qu’augmenter (+ 21 % entre 2017 et 2018). Alors que la Commission européenne vient d’appeler à une réduction de 50 % de leur usage, Générations Futures fait partie des 102 organisations européennes qui lancent une initiative citoyenne européenne pour en sortir d’ici 2035.

ARS : de grandes disparités selon les départements

Autre enseignement de l’étude : il n’existe pas de méthode d’analyse uniforme sur l’ensemble du territoire national. Chaque ARS est libre de rechercher telle ou telle molécule. « Les métabolites classés comme pertinents par l’ANSES sont obligatoirement suivis. Pour les autres, les ARS peuvent décider d’augmenter la connaissance de leurs masses d’eau ou pas. Ceci explique cette différence de mesures entre départements », précise Régis Taisne, en charge de l’eau à la FNCCR.
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De fait, il existe une grande disparité selon les départements. Ainsi l’Aisne, département très agricole déjà pointé du doigt à plusieurs reprises pour une utilisation intensive de ces produits, détient le record du plus faible nombre de pesticides analysés par prélèvement : seulement une dizaine. A l’inverse dans le Var, plus de 550 pesticides différents ont été recherchés par prélèvement.

« Cette différence de traitement entre les départements nous parait inacceptable, car moins on recherche de pesticides moins on en trouve », souligne Générations Futures, qui réclame « une approche harmonisée et transparente »

Médicaments vétérinaires : première étude ciblée

C’est la même chose pour tous les autres micropolluants : si on ne les recherche pas, on ne les trouve pas ! Ainsi pour l’instant, si quelques études ont été menées sur les résidus de médicaments humains dans l’eau potable, aucune n’avait ciblé spécifiquement les médicaments vétérinaires.

C’est donc une première qui a été réalisée en Bretagne, dans le cadre du plan régional santé environnement. « Le choix de la Bretagne n’est pas étonnant puisque 60 % de l’élevage national porcin est concentré sur 6 % du territoire. En outre, l’eau potable est produite à 75 % avec les eaux de surface », rappelle Thierry Panaget, ingénieur principal d’études sanitaires à l’ARS Bretagne, membre du comité de pilotage de l’étude. Et c’est aussi en Bretagne, pour les mêmes raisons d’élevage intensif, que la qualité des eaux brutes et le littoral (algues vertes) sont très impactés par les nitrates.
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Un plan d’action sur les résidus de médicaments dans les eaux

Les résultats ont été publiés en septembre 2019, mais sans aucun réel écho médiatique… Ils seraient sûrement passés inaperçus sans la vigilance de l’association S-Eau-S.

« Cette étude m’a parue intéressante à relayer, car on a souvent parlé des effets des œstrogènes sur les milieux aquatiques. Or dans les élevages porcins, ces produits sont employés à forte dose », souligne son président Gérard Borvon.

L’étude Expo-Véto a été menée sur 3 ans dans le cadre d’une thèse, sous la houlette de l’EHESP-LERES, de l’université de Rennes, de l’Inserm et de l’Irset, avec des financements de l’Etat (OFB, ARS, DREAL) et de la région Bretagne. 40 molécules de résidus de médicaments vétérinaires (RMV) ont été recherchées en entrée et sortie de 23 usines de potabilisation et sur 25 captages d’eau brute (dont 3 souterrains). Les prélèvements ont été effectués de mars 2017 à juin 2018.

Les résultats montrent la présence de 18 molécules différentes de RMV dans les eaux brutes et 12 dans l’eau potable. « La contamination est donc très présente dans les eaux brutes et les filières de traitements n’abattent pas toutes les molécules. Les conséquences sanitaires sont peu connues, mais ces expositions subies doivent être évitées », résume Thierry Paganet. L’étude se conclut en mettant en garde contre les « expositions chroniques à faible doses » et la multiplication des voies d’expositions (légumes, viandes, lait).

Avancer vers la transition agro-écologique

Les citoyens sont demandeurs de voir disparaître ces produits. L’agriculture arrivera-t-elle à se sevrer de ces molécules dangereuses ? Quelles seront les suites données à cette étude Expo-Veto ? Le choix a été fait d’anonymiser les sites et les usines. Difficile donc de connaître la réaction des collectivités en charge de l’eau potable.

« L’étude donne une image partielle de la situation, puisqu’il existe 700 unités de distribution en Bretagne. Il n’était pas question de pointer du doigt les traiteurs d’eau qui ont bien voulu participer à l’étude. En revanche, les collectivités en charge de l’eau potable disposent bien sûr des résultats de l’étude », précise l’ingénieur.

D’une manière plus générale, l’ARS manque de moyens d’actions. « Nous n’avons aucun outil réglementaire pour réagir aujourd’hui. La solution réside dans un aménagement du territoire plus équilibré. Il faudrait arrêter de concentrer tous les élevages sur la même région, et stopper aussi la course à l’export », estime Thierry Paganet.

Pour les pesticides comme pour les RMV, il s’agit donc bien d’avoir une volonté politique forte pour faire évoluer le système agro-alimentaire actuel et mettre en œuvre une véritable transition agro-écologique.

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Que faire ?

S-eau-S a interrogé certains auteurs de l’étude pour leur demander de rendre publics les lieux où ont été réalisées les mesures. De leur réponse il apparaît que la confidentialité avait été garanties aux collectivités gestionnaires.

Il n’en demeure moins moins que les élu(e)s de ces collectivités ne peuvent garder le secret vis à vis de leurs concitoyen(ne)s. Ils doivent en particulier les informer des mesures qu’ils ont prises pour éliminer ces résidus dans l’eau distribuée et l’action qu’ils entendent mener en tant que responsables politiques pour obtenir la fin de ces pollutions.

"Il n’était pas question de pointer du doigt les traiteurs d’eau qui ont bien voulu participer à l’étude. En revanche, les collectivités en charge de l’eau potable disposent bien sûr des résultats de l’étude », précise l’ingénieur de l’ARS interrogé.

Il est donc possible à chacune et chacun et en particulier aux représentant(e)s des associations qui siègent dans les commissions locales d’interroger à ce sujet les élu(e)s des collectivité gestionnaires. En particuliers ceux des 5 plus gros captages bretons.