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S-eau-S. Un procès bien ordinaire.

samedi 20 mai 2023

La date du 4 Mai 2000 restera une référence pour le lobby porcin en matière d’impunité. Ce jour là étaient jugés les « manifestants » qui avaient mis à sac la mairie de Brest.
Article extrait de "S-eau-S, l’eau en danger" (Golias - 2000)

Rappelons les faits.

Dans la nuit du 28 au 29 Octobre 1998, à l’appel de le FDSEA et du CDJA, un commando de 200 producteurs de porcs faisait régner la terreur à l’hôtel de ville de Brest : « En un clin d’œil, le quatrième étage, celui qui abrite le maire et tous les collaborateurs de son cabinet, est investi. Premier objectif pour certains : les frigos. Tournée générale de whisky, champagne, bière, cidre ; jus de fruit et eau gazeuse pour les timides. Puis direction le « bureau » du maire. Ce vaste espace n’est pour l’instant qu’un chantier. C’est ce bureau que les ouvriers de la sous-traitance de l’Arsenal avaient entièrement saccagé en septembre 1997. Quasiment l’anniversaire d’un fâcheux précédent, présent à l’esprit de tous les producteurs, comme une excuse d’avance à ce qui va suivre.

Quelques coups de pied, et deux portes en ébénisterie du sas s’abattent. Elles serviront ensuite d’obstacle à une éventuelle montée des CRS. Une grande partie des manifestants s’entasse dans le bureau chantier. Premiers slogans avec des bombes de peinture. « Le porc à 10 F », « Le Pensec lâcheur » se déclinent en vert, bleu, rouge et violet. Puis dans la foulée on commence à regarder tous les documents posés sur les bureaux, on ouvre les armoires. Des milliers de pages de dossiers volent dans la nuit à travers les fenêtres. Un ordinateur suit le même chemin. Des dizaines de disquettes contenant des données administratives essentielles, sont dispersées, écrasées sous les allées et venues. Puis du dessus des bureaux, on passe à la fouille systématique. Des bribes d’intimité extraites du fond des tiroirs : une plaquette d’antibiotiques, la carte postale d’une amie, le morceau de chocolat trompe - faim. Dans les rangs, tout aussi vite, certains commencent à râler : « si c’est comme ça, on s’en va ».

Discrètement, certains ne cachent pas à la presse un certain écœurement, « ça va encore nous retomber dessus. Y a vraiment des gros lourds ». Protestations dont se moquent éperdument ceux qui se raccrochent au rituel : « Si on ne casse pas, on ne nous écoute pas ».(Jean-Laurent Bras, Yannig Guérin, Camille Guillemois, Ouest - France) La casse se poursuivra toute la nuit. Au 6ème étage qui vient juste d’être rénové, des portes sont forcées au pied de biche pour voir ce qu’il y a derrière. Au 7ème les réserves du restaurant d’entreprise sont pillées pour le casse - croûte matinal.

Comme d’habitude, les forces de l’ordre ont brillé par leur absence. Au petit matin, quand les derniers manifestants quittent les lieux, chargés de prises de guerre (dossiers et matériel de bureau) la police ose à peine leur demander de les laisser sur place.

Comme d’habitude, encore, les leader seront reçus au ministère et des millions seront débloqués. Cette fois pourtant, des plaintes seront déposées : par La CFDT, par quatre associations de consommateurs et de protection de l’environnement, par le maire. Mais la CFDT constate que l’enquête est menée de manière « peu dynamique ». Patrick Jagaille, responsable CFDT ne peut cacher son étonnement :

« Trois employés étaient présents lors des faits. La police a indiqué qu’elle leur avait présenté un trombinoscope pour identifier les auteurs. Ce qui est faux. » (Joël Langonné, Le Télégramme)

La police avait, par ailleurs, filmé les faits. La CFDT, qui s’inquiétait de l’absence d’utilisation de ce document, se voyait répondre que « la qualité de la bande n’était pas suffisante pour identifier les personnes présentes. » Le syndicat demandait alors à le vérifier en visionnant le document mais quelle ne fut pas sa surprise d’apprendre, alors, qu’il « avait été malencontreusement effacé ».

Après deux ans d’instruction molle, le verdict tombe comme un couperet : non lieu !

Sylvie Gestin, responsable CFDT est amère : « la volonté de mener une vraie enquête n’a pas beaucoup pesé face au poids politique et électoral d’une catégorie socio - professionnelle, il y a vraiment deux poids deux mesures » (Ouest - France).

Il est vrai que les élections aux chambres d’agriculture approchent, suivies des municipales et des cantonales. Dans ce Finistère, où tout se joue dans un mouchoir, le courage n’est pas la première des vertus politiques. Seuls les Verts et l’UDB protesteront contre ce verdict. La CFDT, quant à elle, jette l’éponge. Elle ne fera pas appel : « on s’est attaqué à des circonstances qui nous dépassent... ». Que faire d’autre ? On attend toujours le procès des commandos de légumiers qui, en avril 1998, ont saccagé les gares SNCF et détruit les systèmes de sécurité, provoquant ainsi 10 millions de dégâts. Il est vrai qu’à la suite de cette action d’éclat le ministre de l’agriculture avait accordé 50 millions de subventions.

Il est vrai, également, que tout avait été fait pour qu’aucun responsable ne soit désigné. La gendarmerie, proche du terrain et responsable de l’ordre sur les lieux des dégradations, disposait de nombreuses photos prises sur le fait : on la décharge de l’enquête ! Celle-ci est confiée au service régional de police judiciaire de Rennes et à son antenne brestoise. Personne ne peut imaginer que les inspecteurs de police, déjà débordés par leur tâche urbaine, iront s’embourber dans les chemins creux du Léon profond.

Les casseurs peuvent dormir tranquilles et préparer leurs prochaines récidives.

Le « Nouvel Observateur » du 22 juin 2000 a consacré l’un de ses articles à « l’omerta » bretonne. Marie-Reine Tillon, tête de liste socialiste aux régionales dans les Côtes d’armor, témoignait. Pour avoir dénoncé cette loi du silence, elle avait été verbalement agressée par les gros producteurs de son département et lâchée par ses amis politiques. Tout prouve, pourtant, que ses propos n’étaient que modérés.


2007 :

A nouveau la casse. Mais cette fois ce sont les associations écologistes qui sont visées.

La France risque d’être condamnée par la Cour de Justice européenne pour la pollution de l’eau en Bretagne, comme d’habitude il faut un responsable. Cette fois ce sera l’association "Eau et Rivières de Bretagne".