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Des résidus de médicaments vétérinaires dans l’eau du robinet mesurés en Bretagne.

jeudi 11 juin 2020, par Gérard Borvon

Après les nitrates et les pesticides, ce sont les résiudus de médicaments vétérinaires qui sont mesurés dans l’eau du robinet en Bretagne.

cliquer sur l’image.

Cette étude a fait suite aux travaux engagés par le groupe études-recherches du PRSE2. Menée dans le cadre du projet de recherche « Expo-Véto » labellisé par le Plan régional santé environnement de Bretagne, cette étude s’insère également dans le plan antibiotiques et dans le plan national micro-polluants .

Elle a été conduite avec le soutien de l’Agence Française de la Biodiversité, de l’ARS et de la DREAL de Bretagne, par des scientifiques de l’Ecole des Hautes Etudes de Santé Publique (via sa plateforme LERES), de l’Inserm, du CNRS, de l’Université de Rennes 1, d’Agrocampus Ouest et de l’INRA, membres des unités mixtes de recherche : Irset ; Géosciences Rennes/OSUR ; SAS

40 molécules de résidus vétérinaires (RMV) ont été recherchées en entrée et sortie de 23 usines de potabilisation. Sur les 25 captages retenus, répartis sur les 4 départements bretons et dédiés à la production d’eau potable, 23 puisent des eaux superficielles, 2 des eaux souterraines.

Le choix des sites s’est fait sur deux critères : la pression d’élevage au niveau du canton et le débit de pompage journalier sur la ressource pour la production d’eau potable.

Plusieurs techniques ont tenté de distinguer l’origine des contaminations (animale ou humaine pour certaines molécules à double usage).

Ainsi, 199 échantillons ont été recueillis au total, en plusieurs phases de mars 2017 à juin 2018, afin de refléter les variations des prescriptions vétérinaires, les périodes d’épandage et le régime hydrique (étiage ou crues).

Cette première étude a relevé sur 25 captages d’eaux naturelles la présence de 18 molécules différentes, résidus de médicaments vétérinaires (RMV), ainsi que 12 RMV dans les eaux potabilisées distribuées en sortie des 23 usines de traitement exploitant ces captages.

Ces résultats montrent une contamination fréquente du milieu aquatique breton par les RMV. Les concentrations sont significativement moindres dans les eaux traitées. Néanmoins, les recherches doivent être poursuivies pour quantifier les risques sanitaires associés.

Retrouvez le rapport complet de l’étude

http://www.bretagne.prse.fr/IMG/pdf/rapport_final_expoveto.pdf

Pour plus d’informations, vous pouvez contacter :

Julien Le Bonheur, responsable de la communication scientifique à l’Université de Rennes 1 : julien.le-bonheur@univ-rennes1.fr

Thierry Panaget, ingénieur à l’ARS : thierry.panaget@ars.sante.fr

Maud Billon, ingénieur à la DREAL : maud.billon@developpement-durable.gouv.fr
Télécharger :

rapport final expoveto (format pdf - 2.2 Mo - 16/01/2020)


Que penser de cette étude ?

On ne peut que s’en féliciter et pour cette étude le choix de la Bretagne s’imposait. 60% de son territoire étant dédié à l’agriculture. Elle concentre 22% de sa production laitière, 57% de la production porcine 33% de celle de poulets de chair et 44% des œufs de consommation (chiffres 2015).

La Bretagne possède un chevelu hydrographique très dense et donc vulnérable.

De plus, 75% des eaux de consommation humaine sont issues d’eau de surface.

La pollution par les nitrates est devenues visible avec la prolifération des algues vertes. Celle par les pesticides est de mieux en mieux connue même si seulement quelques pesticides sont mesurés.

Cette étude vient compléter le tableau d’un cocktail inquiétant car comme le souligne le rapport : "la population humaine est exposée à une grande variété d’autres
contaminants environnementaux, déjà connus ou non, qui peuvent potentiellement interagir entre eux de façon additive ou en synergique, augmentant ainsi potentiellement les risques pour la santé.

Il est extrêmement difficile à ce jour d’estimer les risques pour la santé de ces mélanges de composés chimiques auxquels est exposé un individu au long de sa vie."

Un regret : que les usines de traitement de l’eau testées ne soient pas citées.

La ministre de la Transition écologique a adressé le 11 mai, aux préfets et directeurs d’établissements publics, une circulaire relative à la mise en œuvre des dispositions régissant le droit d’accès à l’information relative à l’environnement. « Je confirme mon engagement en faveur de la garantie d’un accès effectif du public à l’information relative à l’environnement, que ce soit en réponse à des demandes de citoyens ou par voie de diffusion publique », a-t-elle affirmé.

Les organismes publics qui ont réalisé cette étude nous doivent la vérité.

Quelle est la qualité de l’eau distribuée, par exemple, par la station de Pont ar Bled à Landerneau qui alimente 300 000 habitants du nord Finistère ?

C’est informés que les citoyens et leurs associations peuvent agir pour un retour à la qualité de l’eau.

Par ailleurs il faut regretter le peu de place à l’information sur ce rapport dans la presse régionale.

Que faire ?

Demander une réduction de l’usage des médicaments ? On a vu le résultat au sujet des pesticides. Leur usage devait diminuer de 50%. Il augmente !

La solution est d’abord la réduction des effectifs animaux. Comment accepter que de l’ordre de 50% de la production animale de la France soit concentrée sur 6% de sa surface agricole utile !

L’échec du "modèle agricole breton" est d’abord un échec de la politique agricole et de la politique de l’aménagement du territoire de la France.

Ensuite dans la modification radicale des conditions d’élevage. Finis les élevages hors sol concentrant porcs poulets et bovins. Finis les animaux malades à cause de leurs condition d’élevage !

Finie cette production orientée vers l’export plus que vers la satisfaction des consommateurs locaux.

En route vers la généralisation du bio !


voir aussi :

Médicaments dans l’eau, la vie en danger ?


Voir l’article de la gazette des communes.

Nouvelles alertes sur les micropolluants dans l’eau potable

Publié le 18/06/2020 | Mis à jour le 19/06/2020 Par Sylvie Luneau • Club : Club Techni.Cités

Deux nouvelles études, l’une sur les pesticides, l’autre sur les résidus de médicaments vétérinaires, viennent à nouveau alerter sur la présence de micropolluants dans l’eau potable. Mal connus, les risques sanitaires de ces expositions chroniques à de faibles doses inquiètent. Les résultats interrogent aussi sur la durabilité du système agricole actuel.

https://www.generations-futures.fr/wp-content/uploads/2020/06/exppert-12-eau-version-finale.pdf

- Expo-Veto :
http://www.bretagne.prse.fr/IMG/pdf/rapport_final_expoveto.pdf

Sous le nom de code EXPPERT 12, Générations Futures vient de publier les résultats d’une enquête nationale sur la présence de pesticides dans l’eau du robinet. Elle se base sur les prélèvements d’eau distribuée en 2019, analysés dans le cadre du contrôle sanitaire des agences régionales de santé (ARS). Les résultats montrent que les pesticides sont présents dans plus de 35 % des analyses. En outre, plus des trois quarts sont des perturbateurs endocriniens suspectés ou ont des propriétés cancérogène, mutagène, reprotoxique (CMR).

L’ONG s’inquiète de cette exposition chronique à de faibles doses sur le long terme. Elle rappelle l’échec cuisant des plans Eco-phyto basés sur le volontariat. Malgré les millions d’euros publics investis dans ces actions, loin de diminuer, le nombre de pesticides employés n’a fait qu’augmenter (+ 21 % entre 2017 et 2018). Alors que la Commission européenne vient d’appeler à une réduction de 50 % de leur usage, Générations Futures fait partie des 102 organisations européennes qui lancent une initiative citoyenne européenne pour en sortir d’ici 2035.

ARS : de grandes disparités selon les départements

Autre enseignement de l’étude : il n’existe pas de méthode d’analyse uniforme sur l’ensemble du territoire national. Chaque ARS est libre de rechercher telle ou telle molécule. « Les métabolites classés comme pertinents par l’ANSES sont obligatoirement suivis. Pour les autres, les ARS peuvent décider d’augmenter la connaissance de leurs masses d’eau ou pas. Ceci explique cette différence de mesures entre départements », précise Régis Taisne, en charge de l’eau à la FNCCR.
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Comment lutter contre la pollution de l’eau par les micropolluants ?

De fait, il existe une grande disparité selon les départements. Ainsi l’Aisne, département très agricole déjà pointé du doigt à plusieurs reprises pour une utilisation intensive de ces produits, détient le record du plus faible nombre de pesticides analysés par prélèvement : seulement une dizaine. A l’inverse dans le Var, plus de 550 pesticides différents ont été recherchés par prélèvement.

« Cette différence de traitement entre les départements nous parait inacceptable, car moins on recherche de pesticides moins on en trouve », souligne Générations Futures, qui réclame « une approche harmonisée et transparente »

Médicaments vétérinaires : première étude ciblée

C’est la même chose pour tous les autres micropolluants : si on ne les recherche pas, on ne les trouve pas ! Ainsi pour l’instant, si quelques études ont été menées sur les résidus de médicaments humains dans l’eau potable, aucune n’avait ciblé spécifiquement les médicaments vétérinaires.

C’est donc une première qui a été réalisée en Bretagne, dans le cadre du plan régional santé environnement. « Le choix de la Bretagne n’est pas étonnant puisque 60 % de l’élevage national porcin est concentré sur 6 % du territoire. En outre, l’eau potable est produite à 75 % avec les eaux de surface », rappelle Thierry Panaget, ingénieur principal d’études sanitaires à l’ARS Bretagne, membre du comité de pilotage de l’étude. Et c’est aussi en Bretagne, pour les mêmes raisons d’élevage intensif, que la qualité des eaux brutes et le littoral (algues vertes) sont très impactés par les nitrates.
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Un plan d’action sur les résidus de médicaments dans les eaux

Les résultats ont été publiés en septembre 2019, mais sans aucun réel écho médiatique… Ils seraient sûrement passés inaperçus sans la vigilance de l’association S-Eau-S. « Cette étude m’a parue intéressante à relayer, car on a souvent parlé des effets des œstrogènes sur les milieux aquatiques. Or dans les élevages porcins, ces produits sont employés à forte dose », souligne son président Gérard Borvon.

L’étude Expo-Véto a été menée sur 3 ans dans le cadre d’une thèse, sous la houlette de l’EHESP-LERES, de l’université de Rennes, de l’Inserm et de l’Irset, avec des financements de l’Etat (OFB, ARS, DREAL) et de la région Bretagne. 40 molécules de résidus de médicaments vétérinaires (RMV) ont été recherchées en entrée et sortie de 23 usines de potabilisation et sur 25 captages d’eau brute (dont 3 souterrains). Les prélèvements ont été effectués de mars 2017 à juin 2018.

Les résultats montrent la présence de 18 molécules différentes de RMV dans les eaux brutes et 12 dans l’eau potable. « La contamination est donc très présente dans les eaux brutes et les filières de traitements n’abattent pas toutes les molécules. Les conséquences sanitaires sont peu connues, mais ces expositions subies doivent être évitées », résume Thierry Paganet. L’étude se conclut en mettant en garde contre les « expositions chroniques à faible doses » et la multiplication des voies d’expositions (légumes, viandes, lait).

Avancer vers la transition agro-écologique

Les citoyens sont demandeurs de voir disparaître ces produits. L’agriculture arrivera-t-elle à se sevrer de ces molécules dangereuses ? Quelles seront les suites données à cette étude Expo-Veto ? Le choix a été fait d’anonymiser les sites et les usines. Difficile donc de connaître la réaction des collectivités en charge de l’eau potable.

« L’étude donne une image partielle de la situation, puisqu’il existe 700 unités de distribution en Bretagne. Il n’était pas question de pointer du doigt les traiteurs d’eau qui ont bien voulu participer à l’étude. En revanche, les collectivités en charge de l’eau potable disposent bien sûr des résultats de l’étude », précise l’ingénieur.

D’une manière plus générale, l’ARS manque de moyens d’actions. « Nous n’avons aucun outil réglementaire pour réagir aujourd’hui. La solution réside dans un aménagement du territoire plus équilibré. Il faudrait arrêter de concentrer tous les élevages sur la même région, et stopper aussi la course à l’export », estime Thierry Paganet.

Pour les pesticides comme pour les RMV, il s’agit donc bien d’avoir une volonté politique forte pour faire évoluer le système agro-alimentaire actuel et mettre en œuvre une véritable transition agro-écologique.

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Voir la lettre de S-eau-S adressée à la préfète de la région Bretagne.

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