Accueil > France d’Outremer > Exposition au Chlordécone : risque augmenté de prématurité.

Exposition au Chlordécone : risque augmenté de prématurité.

vendredi 26 septembre 2014, par Gérard Borvon

Des chercheurs de l’Institut de recherche, santé, environnement et travail (Unité Inserm 1085), basés à Rennes et Pointe-à-Pitre, en collaboration avec le Service de Gynécologie-Obstétrique du CHU de Pointe à Pitre/Abymes et le Center for Analytical Research and Technology de l’Université de Liège, publient cette semaine sur l’impact de l’exposition maternelle au chlordécone sur la durée de la grossesse et le risque de prématurité (accouchement avant la 37ème semaine d’aménorrhée).

Les données relevées et analysées sont issues de la cohorte mère-enfant TIMOUN en Guadeloupe. Ces résultats sont publiés dans la revue American Journal of Epidemiology datée du 8 janvier 2014.

Le chlordécone est un insecticide organochloré employé aux Antilles de 1973 jusqu’en 1993 pour lutter contre le charançon du bananier. Sa présence persistante dans les sols, les eaux de rivières et les sédiments est à l’origine de la contamination de certaines denrées alimentaires. La contamination des populations antillaises par ce pesticide a été montrée par des travaux antérieurs. Le chlordécone est considéré comme perturbateur endocrinien.

Pour évaluer l’impact de l’exposition au chlordécone sur le déroulement de la grossesse, l’équipe dirigée par Sylvaine Cordier à Rennes et Luc Multigner à Pointe à Pitre a mis en place, en Guadeloupe, une grande cohorte mère-enfant baptisée TIMOUN (enfant en créole, cf. encadré).

Plus de 1000 femmes ont été incluses au cours de leur troisième trimestre de grossesse entre 2005 et 2007, principalement au CHU de Pointe à Pitre/Abymes et au CH de Basse Terre. L’exposition au chlordécone a été estimée par son dosage dans le sang maternel prélevé lors de l’accouchement. Ont été pris en compte l’âge, la parité, l’indice de masse corporelle avant le début de la grossesse, le lieu d’inclusion, le lieu de naissance des mamans, le statut marital, le niveau de scolarité, l’hypertension gestationnelle, le diabète gestationnel et d’autres polluants comme les PCB.

L’exposition maternelle au chlordécone a été retrouvée associée de manière significative à une durée raccourcie de grossesse ainsi qu’à un risque augmenté de prématurité, quel que soit le mode d’entrée au travail d’accouchement, spontané ou induit. Ces associations pourraient être expliquées par les propriétés hormonales, oestrogéniques et progestagéniques, du chlordécone.

La consommation d’aliments contaminés constitue de nos jours la source principale d’exposition au chlordécone de la population antillaise. Si on connait avec une certaine précision les types d’aliments contributeurs à l’exposition, les chercheurs estiment que les sources d’approvisionnement, production, distribution et vente hors circuits réglementés et jardins familiaux sur sols pollués conditionnent de nos jours l’intensité de l’exposition.

De ce fait, les chercheurs précisent que « toute mesure adaptée et permettant la réduction des expositions des femmes au cours de leurs grossesses est souhaitable » et incitent à la mise en place de moyens d’informations destinés aux femmes enceintes portant sur les types d’aliments (en lien avec les circuits d’approvisionnement à risque) à éviter pendant leurs grossesses.

La prématurité peut entrainer des effets sur le développement de l’enfant. Le suivi des enfants nés dans le cadre de la cohorte mère-enfant TIMOUN, actuellement en cours, permettra de mieux apprécier ces conséquences tout comme celles consécutives à l’exposition prénatale au chlordécone.


L’étude TIMOUN est une étude de cohorte (cf.définition dans le document Repères en épidémiologie) menée conjointement par l’Unité 1085 de l’Inserm (anciennement U 625) et les Services de Gynécologie-Obstétrique et de Pédiatrie du CHU de Pointe à Pitre et en collaboration avec le Centre de Recherche du CHUQ à Québec (Canada), l’Ecole de Psychologie de l’Université de Laval (Québec, le CART de l’Université de Liège (Belgique). L’objectif général de cette étude est d’évaluer l’impact sanitaire des expositions au chlordécone sur le déroulement de la grossesse et le développement pré et postnatal. Cette cohorte est constituée d’un millier de femmes suivies avec leurs enfants depuis leur grossesse qui a eu lieu au cours de la période 2005-2007.


Chlordecone Exposure, Length of Gestation, and Risk of Preterm Birth

Abstract

Persistent organic pollutants have not been conclusively associated with length of gestation or with preterm birth. Chlordecone is an organochlorine pesticide that has been extensively used to control the banana root borer population in the French West Indies. Data from the Timoun Mother–Child Cohort Study conducted in Guadeloupe between 2004 and 2007 were used to examine the associations of chlordecone concentrations in maternal plasma with the length of gestation and the rate preterm birth in 818 pregnant women. Data were analyzed using multivariate linear regression for length of gestation and a Cox model for preterm birth. The median plasma chlordecone concentration was 0.39 µg/L (interquartile range, 0.18–0.83). No correlation was observed with plasma concentrations of p,p′-dichlorodiphenyl dichloroethene (ρ = 0.017) or polychlorinated biphenyl 153 (ρ = −0.016), the other main organochlorine compounds detected. A 1-log10 increase in chlordecone concentration was associated with a decreased length of gestation (−0.27 weeks ; 95% confidence interval : −0.50, −0.03) and an increased risk of preterm birth (60% ; 95% confidence interval : 10, 130). These associations may result from the estrogen-like and progestin-like properties of chlordecone. These results are of public health relevance because of the prolonged persistence of chlordecone in the environment and the high background rate of preterm births in this population.


Un "salopard" déclaré coupable

le site de vulgarisation de l’Université de Liège

Grâce aux travaux du Dr Luc Multigner, de l’unité 625 de l’Inserm (Groupe d’Etude de la reproduction chez l’Homme et les Mammifères, Université de Rennes 1) et du Dr Pascal Blanchet (service d’urologie du CHU de Pointe à Pitre, Guadeloupe), et du Center for Analytical Research and Technology (CART) de l’Université de Liège, il est dorénavant établi que l’exposition au chlordécone est associée à l’augmentation du risque de développer un cancer de la prostate. Etalés sur plusieurs années (ils ont commencé en 2003), ces travaux scientifiques de grande ampleur, baptisés "Karuprostate" (de Karukera, nom caribéen de la Guadeloupe), sont les premiers du genre à suggérer l’existence d’une relation causale entre l’exposition à un perturbateur endocrinien et le risque de contracter ce cancer.