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Centrale électrique à gaz de Landivisiau. Etude d’impact à revoir.

jeudi 2 novembre 2017, par Gérard Borvon

Si on sait lire les "Recommandations du Conseil général de l’environnement et du développement durable" concernant la centrale électrique à gaz projetée à Landivisiau, l’étude d’impact qui leur a été communiquée par Direct-Energie rebaptisée "Compagnie électrique de Bretagne" est loin de répondre aux informations attendues d’une véritable étude d’impact. La liste des points à éclaircir , c’est à dire des non-dits, est, en effet, déjà si impressionnante que leur simple lecture prouve que l’étude d’impact doit être tout simplement reprise à zéro.

Pour en juger, nous rassemblons ici les principales recommandations de l’Autorité Environnementale, dont certaines reviennent plusieurs fois dans le texte. Nous les avons regroupées par thème.

Nous y ajoutons l’analyse d’un manque évident de l’étude d’impact : une étude sérieuse de la pollution de l’air.

première publication 30 juin 2014



L’autorité Environnementale recommande :

Raisons du choix retenu :

Pour l’Ae, il est souhaitable que, dans le dossier mis à l’enquête, le public dispose d’une information appropriée sur les principales solutions de substitution examinées et sur les raisons pour lesquelles, eu égard aux effets sur l’environnement ou la santé humaine, a été retenu, dans le cadre du pacte électrique breton, puis par l’État lors de l’appel d’offres, la construction d’une centrale à CCG, fonctionnant non seulement en pointe mais aussi en semi-base, et son implantation dans le nord du Finistère.

(Ce renforcement a fait l’objet d’un avis de l’Ae en date du 14 mai 2014. Un parti différent avait été adopté en 2007, lorsque RTE avait retenu au terme d’un appel d’offres une turbine à combustion pour une production de pointe uniquement et une plus faible puissance, projetée sur le site de Ploufragan dans les Côtes-d’Armor.)

- L’Ae recommande aux maîtres d’ouvrage de recueillir auprès de l’État les informations leur permettant de rappeler les raisons ayant conduit au choix retenu dans l’appel d’offres.

- Elle recommande aussi de présenter les impacts cumulés, positifs ou négatifs, des trois présents projets avec les autres composantes du pacte électrique breton.

Impact sur les zones humides :

- Les deux projets de raccordement traversent plusieurs zones humides sur chacune desquelles l’impact est considéré par l’étude d’impact comme négligeable. L’effet cumulé de petites atteintes ponctuelles étant difficile à évaluer, l’Ae recommande de mettre en place un suivi à long terme du caractère fonctionnel des zones humides traversées.

- L’Ae recommande de mettre en place un suivi des impacts des ouvrages sur les zones humides traversées.

- L’Ae recommande de vérifier l’impact négligeable de la réduction due à la centrale de l’impluvium de la zone humide située à l’ouest de celle-ci.

- Afin de permettre une bonne attractivité des deux mares créées, l’Ae recommande que celles-ci ne soient pas accessibles au bétail qui sera mis à pâturer. Elle recommande aussi que les modalités du pâturage soient ajustées pour ne pas remettre en cause les qualités du ruisseau.

Espèces protégées et habitats

- L’Ae recommande que les éléments disponibles des dossiers de dérogation « espèces protégées » (en particulier les inventaires faune-flore complémentaires et les compensations prévues) soient portés à la connaissance du public lors de l’enquête.

- Elle recommande que les propositions de gestion des habitats soient traduites dans un plan de gestion du site que le maître d’ouvrage s’engage à mettre en œuvre, plan de gestion comprenant un dispositif de suivi écologique du site dont les résultats seront rendus publics.

Intégration dans le paysage :

- Les plus hautes constructions de la centrale sont comprises entre 40 et 50 mètres de hauteur. L’Ae recommande que le public ait à sa disposition lors de l’enquête publique les informations contenues dans la demande de permis de construire, notamment les caractéristiques extérieures du bâtiment et son insertion paysagère.

- Lors de leur visite de terrain, les rapporteurs ont pu constater que l’horizon visible depuis le site de la centrale (à hauteur d’homme) est constitué par des crêtes situées probablement à l’intérieur du parc naturel régional d’Armorique et des Monts d’Arrée. L’étude de l’intégration paysagère de la centrale gagnerait à être complétée par une étude du grand paysage, à laquelle l’Ae recommande de procéder.

L’alimentation en gaz :

- L’Ae recommande de présenter dans l’étude d’impact les raisons ayant conduit GRTgaz à retenir un raccordement de la centrale à partir de la canalisation « Saint Eloy-Dirinon ».

- L’Ae recommande de compléter l’étude de danger du poste de gaz de Landivisiau par la prise en compte de la présence temporaire des installations de chantier de la centrale à proximité de ce poste.

Impact CO2 :

- Pour l’information du public, l’Ae recommande de mieux justifier la valeur de la tonne de carbone utilisée pour conclure à la non rentabilité du stockage géologique du CO2, notamment au regard de la valeur tutélaire (utilisée pour l’évaluation des investissements publics). Elle recommande également d’indiquer à partir de quelle valeur la mise en œuvre d’un stockage de CO2 serait envisagée par le maître d’ouvrage.

Présentation des résumés :

- Le résumé non technique de l’étude d’impact du programme se borne à présenter le programme et les trois projets, ainsi que les impacts, les cumuls et les mesures d’évitement, de réduction et de compensation afférents. Il ne présente pas d’état initial ni les variantes étudiées. De plus, ce résumé non technique comporte 55 pages tirées pour l’essentiel des 129 pages de l’étude d’impact du programme, sans en synthétiser l’information.

- L’Ae recommande de restructurer le résumé non technique de l’étude d’impact du programme pour le rendre plus synthétique et afin qu’il couvre les principales thématiques de l’étude d’impact globale qu’il résume et présente l’état initial et les variantes étudiées.

- L’Ae recommande par ailleurs d’adapter les résumés non techniques de l’étude d’impact du programme et des études d’impact spécifiques pour prendre en compte les recommandations du présent avis.

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Notre commentaire : Si Direct-Energie répondait de façon sincère et détaillée aux "recommandations" de l’Autorité environnementale, il deviendrait alors évident que la centrale n’a pas sa place ni à Landivisiau ni ailleurs en Bretagne.


Un point sur lequel être attentifs et sur lequel l’Autorité environnementale aurait pu demander des éclaircissements : la qualité de l’air.


L’étude d’impact fait état de mesures concernant l’état initial. Extrait
 :

La surveillance de la qualité de l’air en Bretagne est assurée par Air Breizh. Aucune station fixe n’étant située dans le secteur de Landivisiau, CEB a missionné Air Breizh pour réaliser une campagne de mesure dans le secteur du projet afin de caractériser très précisément l’état initial.

Deux campagnes de mesures de 4 semaines chacune ont été menées : une campagne dite « estivale » en mai-juin 2012 et une campagne dite « hivernale » en octobre-novembre 2012. Les mesures de qualité de l’air ont été réalisées alors que la base aéronavale était en activité.

Un camion laboratoire et une cabine, équipés d’analyseurs automatiques, ont été implantés à Landivisiau, sur un terrain municipal, situé avenue du Budou, dans un quartier résidentiel au sud de la ville (site 1), afin de mesurer en continu le dioxyde de soufre (SO2), le dioxyde d’azote (NO2), le monoxyde de carbone (CO), les particules de diamètre aérodynamique inférieur ou égal à 10 μm (PM10) et à 2,5 μm (PM2,5).

Des tubes à diffusion passive, permettant de mesurer le dioxyde d’azote (NO2) et le dioxyde de soufre (SO2) ont également été installés sur 10 sites répartis sur Landivisiau et les communes avoisinantes

(sites 1 à 10 – cf. carte ci-après) :

- site 1 : quartier résidentiel dans centre-ville de Landivisiau,
- site 2 : centre-ville de Landivisiau,
- site 3 : site trafic (au niveau de la RN12)
- site 4 : quartier proche du projet
- site 5 : point sous les vents du projet
- site 6 : centre-ville de Plouvorn,
- site 7 : centre-ville de Plougourvest
- site 8 : centre-ville de Bodilis
- site 9 : centre-ville de Loc-Eguiner
- site 10 : centre-ville de Lampaul-Guimiliau.

Les résultats des mesures sont les suivants :

cliquer pour agrandir

Les conclusions sur la qualité de l’air à Landivisiau sont les suivantes :

· Les seuils réglementaires ont été respectés sur la zone d’étude, pour l’ensemble des polluants pendant les deux campagnes de mesure ;

· Les concentrations en dioxyde de soufre (SO2) sont très faibles sur l’ensemble des sites étudiés ;

· Les concentrations en dioxyde d’azote (NO2), plus importantes durant la campagne hivernale, sont inférieures aux niveaux observés sur les stations de mesure du réseau de surveillance ;

· Les concentrations en monoxyde de carbone (CO), également plus élevées durant la campagne hivernale, sont nettement inférieures aux niveaux observés sur les stations trafic de Bretagne ;

· Les concentrations en particules PM10 et PM2,5 sont du même ordre de grandeur que celles mesurées sur les stations de mesures bretonnes ;

· Les concentrations en dioxyde d’azote (NO2) sont plus importantes au niveau du point de mesure situé à proximité de la RN12, il existe donc une interrelation entre le trafic routier et la qualité de l’air.


Bien des points à éclaircir !

Point 1 :

Pourquoi uniquement "deux campagnes de mesures de 4 semaines chacune : une campagne dite « estivale » en mai-juin 2012 et une campagne dite « hivernale » en octobre-novembre 2012".

En quoi les périodes mai-juin et octobre-novembre sont-elles représentatives. Le minimum aurait été une campagne menée sur une année entière. C’est le 12 mars de cette année, et non pendant la période de mesures, que Air Breizh a mesuré un dépassement du seuil de 50 microgrammes de particules fines sur l’ensemble de la Bretagne !

En 2010 Air-Breizh a détecté des dépassements des normes en particules fines à Brest, essentiellement en Janvier, Février et Avril.

Pour les quatre années de mesures, 2007, 2008, 2009 , 2010, Mai, Juin, Octobre et Novembre, les quatre mois choisis pour l’étude, sont les mois particulièrement épargnés !

(voir tableau ci-dessous)

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Cliquer sur l’image pour agrandir.

En 2012, année des mesures, c’est en Janvier, Février et Mars que Air-Breizh note des dépassements !

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En 2013 c’est encore en février et mars que des dépassements sont observés.

Qui peut imaginer que les promoteurs du projet ignoraient les mesures effectuées par Air-Breizh quand ils ont choisi leurs périodes de mesures.

La question à leur poser est donc claire : sur quels critères avez-vous retenu ces mois de Mai, Juin, Octobre et Novembre !

Point 2 :

Pourquoi installer le site de mesures " dans un quartier résidentiel au sud de la ville " alors que la source des pollutions se trouve au Nord ? Il aurait certainement été plus rigoureux de faire ces mesures, en particuliers celles des particules fines, à proximité de l’usine et de la voie express qui est actuellement la première source de pollution !

Point 3 :

Le tableau nous donne des concentrations moyennes sur la période de mesures. Ce qu’il faudrait connaître ce sont les concentrations journalières car le problème est celui des pics qui ne durent parfois que quelques jours mais peuvent être très nocifs pour la santé. Quelle était la valeur du pic à Landivisiau le 12 mars ?

Point 4 :

La référence utilisée sont les "niveaux observés sur les stations de mesure du réseau de surveillance" ; Où sont situées ces stations de mesure de Air Breizh ?

Que nous dit l’étude d’impact de Direct-Energie : "Les concentrations en particules PM10 et PM2,5 sont du même ordre de grandeur que celles mesurées sur les stations de mesures bretonnes". Faut-il en déduire que, déjà à Landivisiau, la pollution par les particules fines est équivalente à celle mesurée à Brest ? à Saint-Brieuc ? à Rennes ?

Comparer les chiffres de Brest et Landivisiau pendant la période des mesures à Landivisiau, comme on nous y invite,est riche d’enseignements et nous en apprend beaucoup sur la pollution générée à Landivisiau par la quatre voies. (voir point suivant)

Point 5 :

Etre en dessous "des normes" ne signifie pas "air sans danger".

Les PM10 représentent la catégorie de particules dont le diamètre est inférieur à 10 micromètres (fraction inhalable). Les PM2,5, ou très fines particules, ont un diamètre inférieur à 2,5 micromètres progressent plus profondément dans l’appareil respiratoire. (voir)

Pour les particules fines PM10, depuis janvier 2005, deux valeurs-limites sont applicables en Europe :

- une norme de 50 microgrammes par mètre cube (μg/m3), à ne pas dépasser sur 24 heures, et ne devant pas être dépassée plus de 35 jours par an ;

- une concentration moyenne annuelle de 40 μg/m3 qu’on ne doit en aucun cas dépasser.

Mesurer déjà des moyennes de 19,6μg/m3 et 19,4μg/m3 sur les deux périodes de mesure, c’est à dire la moitié de ce qui est considéré actuellement comme le moyenne à ne pas dépasser, n’est déjà pas anodin et nécessiterait une mobilisation de la population et des responsables politiques et administratifs.

Pour les particules encore plus fines PM2,5, la situation est encore plus limite. Elles ne doivent pas dépasser 25μg/m3 or avec 14,6 et 13,2μg/m3 mesurés en centre-ville, c’est à dire "hors site trafic" la limite est déjà proche et peut-être même franchie au niveau de la quatre voies.

Noter aussi que le rapport de Air Breizh pour 2012 indique que pour les PM2.5 mesurées sur les agglomérations de Rennes, Brest et Lorient : "les moyennes annuelles en 2012 sont comprises entre 7 et 11 μg/m3 suivant les sites".

Avec 14,6 et 13,2μg/m3 mesurés à Landivisiau, pour des mois de faible pollution par les particules fines, nous sommes donc déjà au dessus de la moyenne régionale !

Il faut aller chercher dans les annexes pour avoir un peu plus de précision.

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Ces deux tableaux nous montrent une ville de Landivisiau subissant une pollution équivalente à celle des grandes agglomérations et ceci en particulier pour les particules fines. On y constate également que sur cette période de mesure de faible pollution les seuils sont déjà dépassés. En particulier pour les PM2,5, les particules les plus nocives.

La raison de cette forte pollution est évidente : la quatre-voies avec des pics horaires correspondant aux fortes circulations.

Alors avec une centrale en plus !

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Ne pas oublier que la France a été poursuivie devant la Cour de Justice Européenne pour manquement aux règles en matière de la qualité de l’air..

Point 6 :

Les oxydes d’azote sont des polluants particulièrement nocifs. Que nous dit l’étude :

"Les concentrations en dioxyde d’azote (NO2) sont plus importantes au niveau du point de mesure situé à proximité de la RN12, il existe donc une interrelation entre le trafic routier et la qualité de l’air."

Rien d’étonnant à cela mais justement quelles sont ces valeurs ? Atteindre 16,7μg/m3 de NO2 hors circulation n’est déjà pas anodin. La moyenne maximale admise étant de 40μg/m3. Ne pas oublier aussi que la Bretagne est une région où la concentration de l’air en ammoniac et oxydes d’azotes est importante pour cause de pollution d’origine agricole.

Point 7 :

Il ne faut pas oublier que, au cocktail constitué par NO2, CO, SO2, PM10, PM2,5.... s’ajoute celui des pesticides dont on sait aujourd’hui qu’ils sont pour une bonne part absorbés par l’air que nous respirons.

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cliquer sur l’image.

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Le cocktail de pollutions dans l’air breton (Les chiffres clés de l’environnement en Bretagne / Édition 2005). Cliquer sur l’image pour agrandir.

Voir encore les autres cartes

En conclusion.

Comment oser imposer une source supplémentaire de pollution de l’air à Landivisiau alors qu’il faudrait s’attaquer sans attendre aux pollutions déjà existantes.


Voir aussi le communiqué de LDDNC :

La CEB réécrit l’avis de l’Autorité environnementale !

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