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Centrale nucléaire en Bretagne ? Une inutile provocation du directeur du CEA.

mardi 12 janvier 2010, par Gérard Borvon

L’affaire s’est faite dans la discrétion. C’est à l’occasion de la présentation des priorités financées par l’Emprunt National, le 14 décembre, que le Président de la République a annoncé que le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) deviendrait le "Commissariat à l’Energie Atomique et aux Energies Alternatives".

Personne ne peut ignorer que, si l’éolien a été si longtemps ignoré en France alors qu’il se développait au Danemark, en Allemagne ou en Espagne, c’est parce que les crédits étaient tous drainés vers le nucléaire. C’est pour la même raison que les panneaux photovoltaïques dont se couvrent de plus en plus de toits nous viennent d’Allemagne.

La catastrophe de Tchernobyl, l’incapacité à gérer les déchets nucléaires, la décision de plusieurs pays de sortir du nucléaire, les risques évidents de la prolifération à usage militaire avaient tempéré l’appétit des nucléocrates. Mais voilà que la mobilisation des scientifiques et des écologistes réussissant à mettre sur le devant de la scène l’implication des gaz à effet de serre dans le dérèglement climatique, donnait aux lobby du nucléaire l’occasion d’une nouvelle propagande.

Pour l’instant la manœuvre a avorté sur le plan européen et mondial : aucune instance nationale n’accepte d’intégrer le nucléaire dans la liste des énergies alternatives au charbon, au pétrole et au gaz naturel. Chacun sait que, même massivement développé, le nucléaire ne représentera jamais qu’une part très minoritaire de l’énergie consommée mondialement. Chacun sait que, par contre, il s’agirait de remplacer un danger par un autre bien plus grand. Un danger dont on ne pourrait pas sortir à l’échéance d’un demi siècle comme pour l’effet de serre, mais qui serait laissé à nos héritiers pour des dizaines de milliers d’années.

Sans s’embarrasser d’un débat parlementaire, sans aucune consultation publique, le président Sarkozy a donc décidé qu’en France ce serait l’industrie nucléaire qui déciderait de la place laissée aux autres énergies. Exagération d’écologiste ? C’est bien le directeur de ce "CEA nouvelle manière" qui, dans un interview publié par Ouest-France, déclarait que "la Planète ne pourra pas se passer du nucléaire" et qui ne pouvait pas résister à une nouvelle provocation en faisant mine d’espérer que ces bretons qui ont refusé le nucléaire "comprendront que l’énergie nucléaire présente plus d’avantages que de risques" et, qu’alors, "une centrale pourrait être implantée en Bretagne."

Le moment est vraiment mal choisi. Il y a juste trente ans que commençait la résistance de Plogoff à l’enquête d’utilité publique qui devait aboutir à la première victoire d’une lutte contre le nucléaire. Des manifestations récentes contre l’implantation d’un centre d’enfouissement des déchets nucléaires dans le granit breton on prouvé que le refus est toujours aussi massif. Plus proche encore, les mobilisations contre le refus du débat, le non respect des textes et les risques pris à l’encontre des travailleurs et des riverains à l’occasion du démantèlement de la centrale de Brennilis, ont donné des raisons supplémentaires à ce refus.

Il y a mieux à faire que de provoquer les populations bretonnes dont l’implication dans les économies d’énergie et l’investissement dans les énergies renouvelables (éolien, solaire) est remarquable. Une voie mérite d’être particulièrement encouragée : celle des énergies marines au travers des hydroliennes que d’autres, déjà, ont mises au point quand nous n’en sommes encore qu’à envisager leur utilisation.

Plutôt que de provocations, nous attendons donc de l’action.