Accueil > Au fil de l’Elorn > Guerre de l’eau en Bretagne. Encore un coup pour rien.

Guerre de l’eau en Bretagne. Encore un coup pour rien.

mercredi 1er octobre 2008, par Gérard Borvon

La France est toujours sous la menace d’une sanction européenne pour excès de nitrates dans les rivières bretonnes. On se souvient que, pour cause d’élection présidentielle, Michel Barnier avait réussi à arracher, à la commission européenne, un sursis jusqu’en 2009 avec engagement de rentrer dans les clous à cette date.

Un récent rapport de l’INRA et du BRGM ne laisse aucun doute à ce sujet : c’est encore un coup pour rien.


Rappel sommaire des épisodes précédents

1992 : l’association "Eau et Rivières de Bretagne" porte plainte pour non respect des normes "eau potable" en Bretagne. Plusieurs captages en rivière dépassent la norme maximale de 50mg de nitrates par litre.

février 2007 : l’amende européenne tombe. 38 millions d’euros suivis d’une astreinte de 43 millions d’euros par trimestres d’infraction. Ce qui ferait de l’ordre de 120 millions d’euros par an.

Mardi 27 février 2007 au matin, les militants brestois de "Eau et Rivières de Bretagne" découvrent leur local saccagé. Sur le mur un bombage menaçant de mort le président de S-eau-S, adhérent de l’association et membre du Comité National de l’Eau.

Résultat : la Commission Européenne se discrédite. Elle accorde au candidat Sarkozy un premier sursis jusqu’aux élections présidentielles et législatives.

Elle décide ensuite de le prolonger jusqu’à la fin de l’été, histoire de laisser le temps à l’ancien commissaire Barnier de renouer les contacts.

Le plan Barnier :

1 - Sanctionner le contribuable français par un nouveau train "d’aides" au lobby total 86 millions d’euros).

Pour quel usage ?

D’abord 68 millions pour le volet agricole.

43 millions pour la compensation des pertes de revenus des agriculteurs à qui on demandera de réduire leurs effectifs animaux ou leurs apports azotés.

7 millions pour des installations de traitement des effluents.

10 millions pour la réduction des effectifs animaux.

8 millions pour les préretraites et les reconversions.

2 - Fermer les usines d’eau potable des consommateurs soumis à la pollution.

3 - Retour à la norme en 2009


27 juin 2008. Le rapport qui annonce l’échec.

Dans le rapport d’une étude réalisée par l’INRA et le BRGM l’échec est clairement annoncé pour qui sait décripter la langue de bois. Voyons en particulier le cas des deux principaux captages.

Aber Wrac’h : "le retour à la conformité pour 2009 est peu probable".

Horn : "le plan d’action ne permettra pas d’obtenir un résultat avant 2015 et sans doute pas non plus avant 2020".

Un rapport à décripter

Le rapport est très savant et bourré de modèles mathématiques qui pourraient faire le bonheur d’un enseignant chargé d’un cours à l’université ou dans une des grandes écoles d’ingénieurs agronomes.

Hélas, tous ces beaux calculs sont mis au service d’hypothèses que chacun sait sans fondement :

Première hypothése : sur les bassins étudiés il ne sera plus versé plus de 140kg d’azote par hectare et par an à partir de janvier 2008. C’est effectivement ce qui est inscrit dans la directive Barnier mais comment imaginer que cela puisse être appliqué quand on sait que, par exemple sur l’aber Wrach, le chiffre "déclaré" par la profession en 2000 était de 256kg et qu’il était encore de 199kg en 2007.

Deuxième hypothèse : les épandages ne seront faits que du premier mars au premier mai. Pour qui a senti les douces odeurs du lisier pendant tout cet été pluvieux et les sent encore en cet automne, l’hypothèse manque à l’évidence de sérieux.

remarque complémentaire :

Les moyennes actuelles sont de 64,4mg/l de nitrates sur l’aber Wrac’h et de 86,1mg/l sur l’horn. Ajouter à cela que pour qu’un captage soit déclaré conforme il ne faut pas que le taux de 50mg soit dépassé plus de 18 jours par an (5% du temps). Or sur l’Horn ce dépassement est de l’ordre de 100% et sur l’aber Wrac’h il dépasse largement les 50%.



La question pour 2009. Que va faire l’Europe ?

Il est évident qu’aucun des engagements ne sera tenu. La question est donc de savoir ce que va faire la commission européenne. Vu l’expérience passée, il y a fort à parier qu’elle fermera les yeux.

Ne pas oublier non plus que la directive cadre européenne impose des normes encore plus sévères que celles concernant l’eau potable. C’est moins de 15mg/l qu’il faudra atteindre pour 2015. Autant dire demain.

Nous n’avons donc pas besoin que des organismes d’état nous délivrent des études participant à l’anesthésie générale. Il faudra reprendre les calculs en prenant pour base les chiffres réels et non pas des hypothèses sans autre fondement que de justifier un nouveau recul de la commission européenne.

Il faudra surtout une réelle mobilisation de tous ceux qui veulent vraiment que les choses changent


Pour l’ensemble du rapport voir :

Rapport Inra/BRGM : Étude sur les bassins versants en contentieux « nitrates eaux brutes »


Harcèlement



Une plainte déposée à la gendarmerie de Landerneau, c’est quand même plus doux que des menaces de mort.


JPEG - 51.5 ko
Sur la piste des casseurs.01

Et c’est encore plus efficace !

Il suffisait de demander.