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Chlordécone aux Antilles : silence, on empoisonne !

lundi 11 juin 2018, par Gérard Borvon

Béatrice Ibéné, présidente de l’Association pour la Sauvegarde et la réhabilitation de la Faune des Antilles, vétérinaire, vit et travaille en Guadeloupe. Elle était à Paris le lundi 28 avril 2014, devant le Conseil d’État, pour défendre un référé contre l’arrêté autorisant les épandages aériens aux Antilles. Interrogée par le journal Reporterre, elle expliquait que cette pratique est ancienne et que l’interdiction des épandages aériens depuis 2009 n’y change rien tant les dérogations sont nombreuses. Dernier en date, l’arrêté du 23 décembre 2013 permettait aux producteurs de bananes de continuer les épandages aériens de produits dangereux sur les Antilles pendant douze mois consécutifs.

Les épandages aériens, à quand la fin ?

Le gros problème de l’épandage aérien, affirmait-elle, "c’est la dérive des produits car ce mode de diffusion expose tous les êtres vivants aux pesticides. On a des témoignages récurrents de gens qui sentent les émanations à plus de huit cents mètres des zones d’épandage alors que la distance de sécurité imposée en France n’est que de 50 mètres. En Guadeloupe, les habitations ne sont jamais bien loin des bananeraies".

Ainsi donc, dans les Antilles comme en métropole, les nuages de pesticides ne respectent pas la frontière des 50m imposée par la loi !

Le 6 mai 2014, Béatrice Ibéné et son association remportaient une superbe victoire. Le Conseil d’État suspendait les autorisations d’épandage et condamnait l’État à verser 1000 euros à chacune des associations requérantes.

La qualité des mémoires remis par les associations avait emporté la décision mais le Conseil d’État ne pouvait ignorer également le "Rapport d’évaluation des plans d’action chlordécone aux Antilles" présenté en octobre 2009 par des autorités peu soupçonnées d’activisme écologiste telles que le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable, l’Inspection Générale des Affaires Sociales, le Conseil Général de l’Agriculture de l’Alimentation et des Espaces Ruraux, l’Inspection Générale de l’Administration de l’Éducation nationale et de la Recherche. En conclusion que nous disaient ces grandes administrations de l’État réunies ?

"Aux Antilles françaises, des groupes de population particulièrement exposés (les travailleurs en agriculture, les familles consommant les produits de leur jardin, les pêcheurs etc.) mais aussi, de diverses façons, l’ensemble de la population sont touchés par la contamination des sols par la Chlordécone, les produits phytosanitaires organochlorés, et tous les pesticides quels qu’ils soient (le Glyphosate par exemple).

En effet, les milieux naturels sont le réceptacle obligé de toutes les percolations, lixiviations, lessivages et autres formes d’érosion qui entraînent et diffusent ces molécules et leurs produits de dégradation. Alors que l’on pensait qu’elle serait prisonnière des sols des anciennes bananeraies, la molécule de Chlordécone n’est qu’un témoin de ces différentes formes de contamination inévitable...

Les Antilles ne font que témoigner un peu plus tôt qu’en métropole, du fait de leur échelle géographique plus réduite, des dangers et des conséquences des pesticides [,,.] Développer "une agriculture sans pesticides" sur tout le territoire devient donc indispensable, et, associée à la préservation des richesses des forêts et de la végétation tropicales dont l’attrait touristique est encore peu mis en valeur, ces objectifs pourront devenir des atouts pour un développement durable de ces îles."

Il nous faut parler du chlordécone (ou de la chlordécone, molécule parfois féminisée en fonction des auteurs) comme exemple flagrant de la désinformation en œuvre dès qu’il s’agit de dévoiler un réel scandale environnemental. Une leçon qu’il faudra retenir concernant cette pollution dont on commence à peine à parler : celle de l’air par les pesticides ou les particules fines.

Le scandale du chlordécone.

Le 15 mars 2014, la chaîne de télévision "Public Sénat" diffusait un documentaire réalisé par Thierry Derouet sous le titre : Chlordécone : poison durable.

La présentation annonçait un document sans concession : "L’affaire de la Chlordécone est le scandale sanitaire le plus retentissant de ces dix dernières années aux Antilles françaises. Cette molécule a été épandue sur les bananiers pendant plus de vingt ans, jusqu’en 1993 et sûrement un peu au-delà. Classé comme cancérigène possible, ce pesticide avait été interdit dès 1976 aux États-Unis.". Cette émission télévisée constitue l’un des témoignages les plus objectifs sur ce scandale à chaque fois étouffé dès qu’il revient sur la scène médiatique.

Treize années plus tôt, en juillet 2001 était remis, à la ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, Dominique Voynet, un "rapport sur la présence de pesticides dans les eaux de consommation humaine en Guadeloupe". La ministre n’ayant pas eu le temps de l’exploiter, car elle quittait son ministère le même mois, il semblait s’être perdu dans l’un ou l’autre des services ministériels. Il méritait pourtant mieux que cet oubli.

Il avait pour auteurs Henri Bonan de l’Inspection Générale des Affaires Sociales et Jean-Louis Prime de l’Inspection Générale de l’Environnement. Ce travail leur avait été demandé à la suite des résultats d’une campagne renforcée de contrôle des teneurs en pesticides dans l’eau, menée par la DDASS de Guadeloupe en 1999. Les mesures avaient montré des taux très élevés de pesticides organochlorés (Chlordécone, Dieldrine et β-hexachlorocyclohexane) dans l’eau distribuée et même dans l’eau embouteillée. Pourtant ces produits, utilisés sur les cultures de canne à sucre et surtout de bananes, étaient interdits d’usage depuis, respectivement, 1993, 1972 et 1987. Les taux de pollution mesurés avaient amené la fermeture d’une usine d’embouteillage d’eau de source et de captages alimentant plusieurs communes.

Parmi les pesticides retrouvés dans l’eau, les auteurs relevaient particulièrement la pollution par le chlordécone. En vingt ans au moins quatre rapports s’étaient succédés qui en décrivaient la présence et les effets, mais sans aucun succès. Pourtant depuis le grave accident survenu aux USA sur une usine fabricant du chlordécone et son interdiction dans ce pays en 1977, on connaît la nocivité de ce produit considéré comme cancérigène et facteur de troubles neurologiques. On sait aussi qu’il est fortement rémanent, on estime à plusieurs siècles sa persistance dans les sols traités où il contamine les plantes qui y poussent ainsi que les animaux et humains qui les consomment.

Informées du contenu du rapport Bonan-Prime les associations de consommateurs et de protection de l’environnement de Guadeloupe et Martinique sont les premières à se mobiliser mais tout est fait pour les dissuader.

Aux Antilles la justice coûte cher.

Le 24 février 2006, quatre associations guadeloupéennes, l’Union des producteurs agricoles de Guadeloupe, l’Association Agriculture-Société-Santé-Environnement, l’Union régionale des consommateurs, l’Association SOS Environnement Guadeloupe, portaient plainte contre X pour "Mise en danger d’autrui (risque immédiat de mort ou d’infirmité) par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence. Administration de substance nuisible ayant porté atteinte à l’intégrité d’autrui ".

Suite à ce dépôt de plainte, chacune a reçu du Doyen des juges d’instruction au tribunal de grande instance de Basse Terre une "Ordonnance fixant une consignation (partie civile)" ainsi libellée :

"Attendu que le plaignant a manifesté l’intention de se constituer partie civile, le plaignant ne bénéficiant pas de l’Aide Juridictionnelle, fixons à 1500 euros le montant de la consignation"

Au total ce sont donc 6000 euros qui sont demandés à ces associations, dont les moyens sont limités, pour que leur plainte soit simplement retenue ! Sachant que l’objectif légal d’une telle consignation est de garantir le paiement de l’amende susceptible d’être prononcée contre les associations pour le cas où leur constitution de partie civile serait jugée abusive par le tribunal correctionnel, cette mesure était clairement perçue par les associations comme une tentative de dissuasion.

La suite devait confirmer leurs craintes. Les associations ont choisi pour avocat Harry Durimel. Fervent défenseur de l’écologie et de la nature, il a été à la pointe de tous les combats pour la défense de l’environnement, des droits de l’Homme et des libertés. C’est en partie sous son impulsion qu’une plainte avec constitution de partie civile a été déposée. Rejoint depuis par une dizaine de ses confrères dans ce combat, il bataille pour vaincre la résistance qu’oppose le Procureur de la République à la recevabilité de ladite plainte.

Le 16 Mai 2007, Harry Durimel recevait une convocation pour le 4 Juin 2007 devant un Juge d’Instruction à Pointe-à-Pitre, en vue de son éventuelle mise en examen pour des prétendus faits de violation du secret de l’instruction et entrave à sa bonne marche remontant à Février et Mars 2004, c’est-à-dire plus de 3 ans plus tôt. Une vieille et banale affaire sur fond d’écoutes téléphoniques et dans laquelle l’avocat n’était en rien concerné.

De l’avis unanime des avocats qui ont eu accès au dossier, (plus d’une cinquantaine d’avocats se sont constitués pour sa défense), le dossier instruit ne contenait aucun élément probant permettant de mettre en cause leur confrère et s’analysait comme "une violation massive et systématique de toutes les règles de droit". L’ordre des avocats de Guadeloupe décidait de façon unanime d’apporter son soutien inconditionnel à Harry Durimel et appelait l’ensemble des avocats à se mobiliser le lundi 4 juin 2007 en suspendant toutes activités judiciaires quelles qu’elles soient.

Leur motion était transmise à la Ministre de la Justice, au Conseil National des Barreaux, à la Conférence des Bâtonniers de France et d’Outremer, au Bâtonnier de Paris, à la Confédération Nationale des Avocats, à la FNTJJA, au Syndicat des Avocats de France (SAF), aux Syndicats d’Avocats de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane, la Ligue des Droits de l’Homme (LDH). Sous l’effet de la mobilisation l’affaire finalement se dégonflait.

Dans le même temps, en Martinique, une plainte pour empoisonnement était déposée par l’Association de Sauvegarde du Patrimoine Martiniquais (ASSAUPAMAR). Sept ans se sont passés et l’instruction est toujours en cours.

Quand l’affaire du chlordécone se transforme en affaire Belpomme.

Le 18 septembre 2007, le Professeur Dominique Belpomme, cancérologue, rendait public un "Rapport d’expertise et d’audit externe concernant la pollution par les pesticides en Martinique. Conséquences agrobiologiques, alimentaires et sanitaires et proposition d’un plan de sauvegarde en cinq points."

A la demande d’élus et d’associations de la Martinique, le Professeur Belpomme s’était rendu sur place pendant une courte semaine début mai. Il avait pu mesurer la détresse de la population et celle des élus qui malgré les demandes adressées aux autorités métropolitaines constataient le poids d’une Omerta généralisée. Le rapport qu’il rédige alors est essentiellement une compilation de ce qui n’est déjà que trop connu sur la nocivité du chlordécone et la pollution généralisée des Antilles. Tout en regrettant que ces études n’aient pas été menées également en Martinique, il reprend les premières conclusions des études épidémiologiques menées en Guadeloupe : Karu-prostate (sur le cancer de la prostate), Hibiscus (sur le taux de contamination de la population), Timoun (sur les femmes enceintes et les nouveaux-nés).

En résumé il conclut que :
"Les Antilles traversent actuellement une crise extrêmement grave liée à l’utilisation massive de pesticides depuis de nombreuses années. Cette crise revêt en Martinique deux aspects principaux :
(1) Au plan agricole, la détérioration progressive des sols avec pour conséquences leur stérilisation et la possibilité de sérieux problèmes alimentaires.
(2) Au plan de la santé publique, la très forte augmentation d’incidence des cancers de la prostate et du sein, et possiblement une augmentation du nombre des cas de malformations congénitales et de pertes de fécondité."

Dans l’un et l’autre cas, ajoute-t-il " ces phénomènes risquent d’être à l’origine, dans l’immédiat, de problèmes économiques et sanitaires sérieux et, à terme, d’un dépérissement de l’île et de sa population".

D’où son appel à l’action :

"Pour sauver les Antilles du désastre économique et sanitaire qui s’annonce et protéger les générations futures, il est urgent d’agir non seulement en gérant efficacement la crise actuelle, mais aussi en faisant en sorte qu’elle ne se renouvelle pas, autrement dit en réformant les pratiques agricoles et économiques actuelles, en vertu du principe de précaution."

Rien de bien révolutionnaire. Tout cela a déjà été écrit et publié. Mais le Professeur Belpomme est une personnage "médiatique" qui ne rechigne pas à s’exposer aux feux de la rampe. Par ailleurs, les titres à scandale font recette : "Cancer aux Antilles : publication du rapport Belpomme" titrait un grand hebdomadaire national relayé par ses confrères de la grande presse, par les radios, les télévisions. Les gros titres et les extraits qui les accompagnaient ne rendaient pas réellement compte du contenu du rapport mais le cancer fait parler et fait vendre. Cette publicité surfaite a pourtant atteint son objectif : on ne peut plus ignorer en métropole le drame qui se vit aux Antilles. L’accusation est grave : on a empoisonné la Guadeloupe et la Martinique !

Ici commence "l’affaire Belpomme".

Rapidement une mobilisation se développe pour discréditer une étude qui pourtant ne mérite pas tant d’honneurs. Le journal Ouest-France, daté du 21 septembre 2007 soit trois jours après la publication du rapport, titre : "Pas de catastrophe sanitaire aux Antilles". Sont interrogés les chercheurs du laboratoire Inserm de Rennes qui mènent les études sur le chlordécone en Guadeloupe. Manifestement la mission est d’étouffer le scandale.

Trop de cancers de la prostate ? Réponse des chercheurs : "l’indice élevé de cancers de la prostate se retrouve dans les autres îles caraïbes et dans la population noire américaine. En revanche, il y a moins de cancers du testicule que dans la population blanche". Perte de fertilité masculine ? "les chercheurs ont capturé des rats sauvages vivant sur des sols contaminés : leur reproduction semble partiellement altérée. Mais on ne retrouve pas ce résultat chez les ouvriers dont le sperme a été analysé". Problème sur les femmes enceintes ? "on ne voit pas émerger un facteur de risque qui dépasserait les autres".

En résumé : circulez il n’y a rien à voir dans les Antilles. Plus grave, l’article prête à l’un des scientifiques, le professeur Multigner, des propos clairement diffamatoires : "je conçois que des scientifiques puissent avoir des opinions différentes, mais je trouve inadmissible que l’on utilise le mensonge".

Mensonge ? Interrogé le 7 novembre 2007 par la commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale, Luc Multigner ne reprenait pas le propos mais regrettait simplement que "aucune concertation préalable n’ait été faite avec un certain nombre d’experts de santé publique ayant dans leur domaine déjà travaillé sur cette question, tels ceux, par exemple, de l’unité 625 de toxicologie de l’Inserm, de l’unité 292 "Fertilité" du même institut, ou les services de néonatalogie et de pédiatrie du CHU de Pointe-à-Pitre, ou encore des urologues s’agissant de l’évolution des cas de cancers de la prostate". Pas de mensonge donc mais un crime de lèse majesté : on n’avait pas consulté les "experts".

Mais que nous disaient alors ces "experts" ? Question déontologie le chercheur de l’Inserm aurait pu, lui aussi, recevoir quelques leçons car au moment même où il accusait son confrère de mensonge il avouait que lui même n’était pas en mesure d’affirmer quoi que ce soit : " Dans un an à dix huit mois, nous pourrons répondre aux interrogations les plus urgentes. Personne n’est en mesure d’affirmer qu’il y a catastrophe sanitaire. Il est possible qu’il y ait certains effets, mais personne n’a la réponse". Donc, si on le comprenait bien, l’équipe de l’Inserm ne saurait pas avant un an au minimum s’il y avait, ou pas, "catastrophe sanitaire" aux Antilles mais cela ne l’empêchait pas cependant d’affirmer qu’il n’y en avait pas. Nous verrons par la suite que les résultats définitifs se montreront pourtant bien préoccupants et viendront contredire cet optimisme de commande.

Notons que la leçon n’a pas été retenue et que, quelques années plus tard, le même déchaînement médiatique allait s’abattre sur le professeur Séralini et son étude sur les effets du Roundup.

L’affaire Belpomme et après.

Décrire toutes les études actuellement réalisées aux Antilles sur le problème de la pollution par le chlordécone, rapporter la détresse des populations concernées et la lutte des associations pour obtenir des mesures de protection et de retour à la normale prendrait plusieurs volumes. Contentons nous de jeter un rapide coup d’œil sur ce qui est aujourd’hui avéré.

Dans une publication de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm) du 22 juin 2010, on lit sous le titre : "Exposition au chlordécone et risque de survenue du cancer de la prostate", l’introduction suivante :
"des chercheurs de l’Inserm (Unité Inserm 625 - Groupe d’Étude de la reproduction chez l’homme et les mammifères, Université Rennes 1), du CHU de Pointe-à-Pitre (Service d’urologie, Université des Antilles et de la Guyane) et du Center for Analytical Research and Technology (Université de Liège, Belgique) montrent que l’exposition au chlordécone, un insecticide perturbateur endocrinien employé aux Antilles françaises jusqu’en 1993, est associée significativement à une augmentation du risque de survenue du cancer de la prostate."

On été suivis, entre 2004 et 2007, des hommes originaires de la Caraïbe (Guadeloupe, Martinique, Haïti, Dominique). Leur exposition au chlordécone avait été évaluée par une méthode originale d’analyse de la molécule dans le sang. La réponse aux interrogations de 2007 était donc claire et le journal Libération pouvait titrer "Le Chlordécone augmente le risque de cancer", ce que le journal Le Monde traduisait plus tard par "Guadeloupe : monstre chimique" sans risquer cette fois de s’attirer les foudres des "autorités scientifiques".

Moments de vérité à l’émission Public-Sénat.

Revenons à l’émission de Cécile Everard et Thierry Derouet, sur le " Chlordécone : poison durable". Parmi les personnes interrogées se trouvaient Luc Multigner (Inserm U625, Rennes et Pointe-à-Pitre) et Pascal Blanchet (Service d’Urologie du CHU de Pointe-à-Pitre/Abymes) deux des coauteurs de l’article cité précédemment.

Moments de vérité :

Luc Multigner : "le chlordécone était arrivé à contaminer la majorité voire l’ensemble de la population essentiellement par voie alimentaire."

Pascal Blanchet (au sujet du cancer de la prostate) : "c’est un cancer qui est beaucoup plus fréquent que dans les autres régions de France. Deux fois plus de cancers et on en meurt deux fois plus. C’est celui qui saute aux yeux de toutes les familles parce que chaque famille a un membre homme de sa famille qui a été touché et il représente à lui tout seul chaque année 500 nouveaux cas en Guadeloupe 500 nouveaux cas en Martinique ce qui fait la moitié des nouveaux cancers tous sexes confondus. Le chlordécone est un facteur de risque supplémentaire de survenue du cancer de la prostate dans nos deux régions."

Luc Multigner : "parallèlement on s’est intéressé aux effets sur l’enfant pendant la vie intra-utérine et pendant la vie extra-utérine ce que l’on appelle le développement postnatal. Ce que nous avons constaté c’est que l’exposition prénatale a une influence sur le développement et en particulier sur deux aspects, l’un que l’on appelle la mémoire récente chez les enfants de 7 ans et puis l’autre ce qu’on appelle la motricité fine, la motricité fine étant la capacité à pouvoir articuler, jouer avec des jeux c’est toute cette capacité d’appréhension des objets. Alors ce que l’on a constaté c’est que plus les mamans étaient exposées au chlordécone plus les scores qu’on pouvait déduire de ces différents tests étaient moins bons. Est-ce que c’est grave docteur ? En soit non. Mais pour nous c’est un signal , une alarme car on sait de plus en plus que des petites modifications subtiles peuvent éventuellement perdurer dans le temps et être des signes précurseurs d’effets, alors cette fois ci d’effets de santé importants qui vont se manifester uniquement à un âge avancé".

Ce jour là ces chercheurs ne parlent pas la langue de bois. Sans doute, dans ce moment de vérité, faut-il s’efforcer d’oublier les propos anciens de Luc Multigner à l’encontre de Dominique Belpomme. Certainement faut-il surtout regretter, sans s’en étonner, que son témoignage d’aujourd’hui ne rencontre pas la même couverture médiatique que celui de Belpomme qui, sans avoir le même poids scientifique, avait quand même réussi à alerter l’opinion publique.

Luc Multigner est d’ailleurs le premier à stigmatiser l’indifférence hexagonale à ce problème antillais :

"Imaginez un instant que le chlordécone, au lieu d’être utilisé aux Antilles, ait été utilisé dans une région comme la région bretonne et que une bonne partie des sols agricoles soient pollués pendant des décennies voire pendant des centaines d’années avec un contaminant qui est quand même d’un potentiel toxique très important et qui contaminerait 90% de la population bretonne. Vous imaginez l’impact ou la perception que cela aurait eu. Alors peut-être que parce que les Antilles sont loin, parce que l’Outremer est loin, on a du mal à percevoir l’étendue de ce problème. Et comme le problème est relativement nouveau il faut faire preuve d’imagination et cette imagination ne doit pas être partagée, seulement par le scientifique, mais par tous les acteurs du dossier et, bien sur, par la puissance publique".

Nous reparlerons de la Bretagne qui ne connaît pas le chlordécone mais n’est pas épargnée par d’autres polluants et nous quitterons provisoirement les Antilles en citant le commentaire qui conclut ce superbe moment de télévision :

"Avec une échelle géographique réduite les Antilles ne font que témoigner un peu plus tôt qu’en métropole des dangers et des conséquences insoupçonnées de l’emploi des pesticides, Le mal est fait, les générations futures devront se débrouiller avec la nature mais aujourd’hui chaque Antillais porte en lui une parcelle de la pollution dans son sang et dans son âme."

Les enfants, premières victimes de la pollution.

Retrouvons cette émission télévisée, décidément très riche, de Public-Sénat. Dans le débat qui suit le reportage réalisé aux Antilles, Benoît Duquesne a invité, entre autres, le professeur Narbonne, toxicologue. Pour répondre à l’avocat des associations guadeloupéennes qui déclarait que "si ça s’était passé en Bretagne, les choses n’auraient pas évolué de la même façon", il répondait : "il y a la même contamination en Bretagne. Il y a la même étude qui se fait en Bretagne aujourd’hui sur les femmes enceintes pour regarder les effets de l’exposition aux pesticides puisque la Bretagne est un pays agricole qui a beaucoup utilisé de pesticides. On a vu là aussi les problèmes d’élevage avec les proliférations d’algues, les résidus d’antibiotiques dans l’eau et donc la Bretagne est extrêmement polluée".

Et à Benoît Duquesne qui remarquait que dans le film "il y a quelqu’un qui dit regardez ce qui se passe en Bretagne, il suffit qu’il y ait quelques algues vertes, un cheval qui meurt et c’est une affaire nationale ! ", il répondait : "ce n’est pas un hasard si la même équipe d’épidémiologie qui est en train d’étudier ce qui se passe aux Antilles vient de Rennes, Donc ça veut dire que le cœur de l’épidémiologie des effets des pesticides est en Bretagne et qu’on a délocalisé une équipe sur les Antilles".

Ainsi donc la Bretagne et les Antilles sont les sujets principaux des épidémiologistes qui étudient les effets de la pollution par les pesticides sur les femmes enceintes et leurs enfants. En Guadeloupe l’étude s’appelle Timoun, un joli mot du créole guadeloupéen signifiant enfant. En Bretagne elle s’appelle Pélagie. Pélagie comme la déesse de la mer ? Non, Pélagie comme "Perturbateurs Endocriniens : Étude Longitudinale sur les Anomalies de la Grossesse, l’Infertilité et l’Enfance" ! C’est moins poétique mais c’est beaucoup plus parlant.

Timoun, grossesse et chlordécone aux Antilles.

L’étude Timoun a été menée sur une "cohorte mères-enfants" incluant 1068 femmes (ne pas s’effrayer, la "cohorte" est ici un terme scientifique bien pacifique). Ces futures mères ont été vues en consultation en fin de grossesse dans les maternités de Guadeloupe entre 2004 et 2007. Les données sociodémographiques, médicales et celles concernant l’alimentation pendant la grossesse ont été recueillies par questionnaire et dans les dossiers médicaux. La concentration de chlordécone a été mesurée dans le sang maternel recueilli à l’accouchement.

Conclusion : "Nos résultats suggèrent un impact possible de l’exposition chronique par le chlordécone sur une diminution de la durée de gestation. Elle est plausible compte tenu de l’action du chlordécone sur les récepteurs aux œstrogènes et/ou à la progestérone in vitro et in vivo, lesquels jouent un rôle déterminant dans le déclenchement de l’accouchement. Cette association est observée après prise en compte des autres facteurs de risque de prématurité et ce risque, s’il est avéré, est susceptible de contribuer au taux de prématurité élevé présent dans cette population. Des recommandations ont été mises en place depuis plusieurs années en vue de réduire les apports alimentaires en chlordécone et donc l’imprégnation globale de la population".

Et les nouveaux nés ?

Sur le site de l’Inserm un article de septembre 2012 indique que 153 nourrissons, garçons et filles, ont fait l’objet d’un suivi à l’âge de 7 mois. La conclusion mérite d’être citée :

"L’exposition prénatale au chlordécone a été estimée par son dosage sanguin dans le sang du cordon. L’exposition post-natale a, quant à elle, été estimée par son dosage dans le lait maternel ainsi que par la fréquence de consommation par les nourrissons de denrées alimentaires susceptibles d’être contaminées par le chlordécone. Puis, la mémoire visuelle, l’acuité visuelle et le développement moteur des nourrissons ont été testés."
Les scientifiques notent un lien entre exposition prénatale au chlordécone et perturbations de l’attention et de la motricité du nouveau né. L’exposition postnatale, quant à elle, a été retrouvée associée à des troubles de la mémoire visuelle et de la capacité d’attention.

"En conclusion, l’exposition prénatale au chlordécone ou postnatale via la consommation alimentaire est associée à l’âge de 7 mois a des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons".

Les chercheurs rapprochent ces troubles de certaines particularités décrites dans le passé chez des adultes exposés professionnellement au chlordécone et caractérisées par un appauvrissement de la mémoire à court terme. Ils et elles s’interrogent aussi sur la possibilité que ces observations, faites chez les nourrissons à l’âge de 7 mois, puissent annoncer de troubles permanents à un âge plus avancé. Pour Sylvaine Cordier et Luc Multigner, "seul le suivi des enfants au cours des années à venir permettra de répondre à ces interrogations". Les enfants de la cohorte Timoun font l’objet actuellement d’un suivi à l’âge de 7 ans.

Pélagie, grossesse et Atrazine en Bretagne.

C’est un article du journal Ouest-France du 9 décembre 2009 qui alerte ses lecteurs. Son titre : "Pesticides durant la grosses, bébé trinque". Le titre, accrocheur, est évidemment de la rédaction. Il résume bien, cependant, les propos tenus par les deux scientifiques de l’Inserm qui sont interrogées.

Leur étude consistait à évaluer le niveau d’exposition aux pesticides des femmes enceintes et à en mesurer l’impact sur la grossesse et le développement de l’enfant. Entre 2002 et 2006, elles ont suivi 3400 femmes résidant en Ille-et-Vilaine, Côtes-d’Armor et Finistère.

Dans les urines de six cents femmes elles ont trouvé deux pesticides potentiellement toxiques pour la reproduction et le développement neuropsychologique. 95% des analyses montraient des traces d’insecticides organophosphorés, 30 à 40% de traces d’herbicides de la famille des triazines, dont le modèle est l’Atrazine, utilisés dans la culture du maïs, interdits depuis 2003, mais toujours présents dans l’environnement et l’eau.

La question vient naturellement : quel impact sur la grossesse et le nourrisson ?

Réponse : "Même à des niveaux faibles, la présence de triazines augmente les risques d’anomalie de croissance dans l’utérus, avec un faible poids de naissance, qui peut être un handicap pour le développement du bébé, et un périmètre crânien plus petit, ce qui n’est pas bon pour le système nerveux central."

Autre question : d’où viennent les pesticides ?

Réponse : "Avec Air Breizh, nous avons mesuré la quantité de pesticide largué dans l’air après usage agricole. Nous avons établi un lien entre le problème de croissance du foetus et la quantité de pesticide dans l’air. On pense souvent que l’exposition aux pesticides est professionnelle ou alimentaire. Or, vivre à proximité d’une zone agricole n’est pas anodin".

La contamination par l’air ! Pour la première fois une étude, publiée en France, en fait clairement état. Et ces propos ne sont pas "paroles en l’air". Il est dommage que la publication rédigée en anglais, sous le titre "Environmental determinants of the urinary concentrations of herbicides during pregnancy : the PELAGIE mother-child cohort (France)" ne soit pas disponible en français. Un rapide survol montre cependant l’usage que les deux scientifiques ont fait des images par satellites pour localiser les volontaires participant à l’enquête ainsi que les champs plantés en céréales. On y voit également comment elles ont utilisé les données météo pour intégrer la direction et la vitesse du vent dans leurs mesures. Le lecteur, incapable de comprendre les formules savantes dans lesquelles les scientifiques font entrer leurs données, constate au moins qu’elles ne s’avancent pas sans de solides arguments quand elles affirment que "vivre à proximité d’une zone agricole n’est pas anodin".

Quant aux mères testées de la "PELAGIE mother-child cohort", n’ont-elles été informées du résultat de l’enquête que par ce seul article du journal Ouest-France ? Ont-elles été personnellement alertées sur un possible "handicap pour le développement" de leur enfant et conseillées sur la façon dont elles peuvent y remédier ? Ou, n’étant rien de plus qu’un numéro anonyme dans une statistique, sont-elles maintenues dans une ignorance habillée du secret médical ?

Une chose est certaine : les pouvoirs publics, administrations, élus(e)s régionaux et nationaux, de même que les lobbies industriels et agricoles ne peuvent plus, quant à eux, ignorer cette réalité. Dès lors l’inaction devient criminelle.

Interdire les épandages ?

Début mai 2014, une vingtaine d’enfants et une enseignante d’une école primaire de Gironde avaient été pris de malaises après l’épandage d’un fongicide sur des vignes situées à proximité de leur établissement. Dès la fin du mois, la ministre de l’Environnement Ségolène Royal annonçait fin mai qu’elle présenterait "très prochainement", avec son collègue de l’Agriculture, une interdiction des épandages de produits phytosanitaires à moins de 200 mètres des écoles.

Mobilisation immédiate de la FNSEA qui annonce une manifestation pour la fin juin et premier bémol du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll : "Il s’agit d’avoir des mesures pour protéger des lieux publics, en particulier des écoles, des hôpitaux voire des maisons de retraite, et ça restera cet objectif-là", déclare-t-il au micro d’Europe 1."Jamais il n’a été question d’interdire à 200 m de toutes les habitations". Une maison isolée ou un lotissement n’étant pas un lieu "public" on pourra donc continuer à intoxiquer les enfants, mais seulement chez eux !

Pourtant, protéger les seuls lieux publics c’est encore trop demander. De conciliabules en conciliabules dans les couloirs ministériels l’amendement encadrant l’épandage de pesticides près des lieux "sensibles" a été bien édulcoré quand il arrive à l’examen de la commission ad hoc puis quand il passe au parlement.

11 septembre 2014.

L’Assemblée Nationale adopte la "petite loi" d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt. Son article L.253-7-1 est ainsi rédigé :

"À l’exclusion des produits à faible risque ou dont le classement ne présente que certaines phases de risque déterminées par l’autorité administrative :

1° L’utilisation des produits mentionnés à l’article L.253-1 est interdite dans les cours de récréation et espaces habituellement fréquentés par les élèves dans l’enceinte des établissements scolaires, dans les espaces habituellement fréquentés par les enfants dans l’enceinte des crèches, des haltes-garderies et des centres de loisirs ainsi que dans les aires de jeux destinées aux enfants dans les parcs, jardins et espaces verts ouverts au public."

La loi Labbé de février 2014 avait déjà interdit, à partir de 2020, l’usage des pesticides "pour l’entretien des espaces verts, des forêts ou des promenades accessibles ou ouverts au public et relevant de leur domaine public ou privé". L’interdiction d’utiliser des pesticides dans les cours de récréation, les crèches, les haltes-garderies, les aires de jeux, n’est donc qu’un rappel des règlements déjà existants ou à échéance proche. Mais pour ce qui est de l’autre côté du grillage, là où se font les épandages, voyons ce que dit la suite de ce nouvel article L.253-7-1 :

"2° L’utilisation des produits mentionnés au même article L.253-1 à proximité des lieux mentionnés au 1° du présent article ainsi qu’à proximité des centres hospitaliers et hôpitaux, des établissements de santé privés, des maisons de santé, des maisons de réadaptation fonctionnelle, des établissements qui accueillent ou hébergent des personnes âgées et des établissements qui accueillent des personnes adultes handicapées ou des personnes atteintes de pathologie grave est subordonnée à la mise en place de mesures de protection adaptées telles que des haies, des équipements pour le traitement ou des dates et horaires de traitement permettant d’éviter la présence de personnes vulnérables lors du traitement.
Lorsque de telles mesures ne peuvent pas être mises en place, l’autorité administrative détermine une distance minimale adaptée en deçà de laquelle il est interdit d’utiliser ces produits à proximité de ces lieux."

Oubliés donc les 200m. En cas de danger immédiat, c’est encore "l’autorité administrative", à savoir le préfet ou l’un de ses subalternes, qui devra prendre la décision de déterminer "une distance minimale adaptée en deçà de laquelle il est interdit d’utiliser" des pesticides. Quel est le kamikaze qui prendra ainsi le risque de voir sa préfecture noyée dans le lisier ou le centre des impôts local partir en feu de joie, comme on a encore pu le voir il n’y a pas si longtemps.

Parlons maintenant des "protections adaptées" supposées protéger les "personnes vulnérables". Qui peut imaginer qu’une simple haie puisse être un écran efficace contre un nuage de pesticides quand on sait qu’on peut en trouver les retombées à des kilomètres. N’oublions pas les consignes de sécurité données à celui qui, l’autre côté de la haie, s’active à épandre du glyphosate :

Bien regarder les prévisions météo : températures extérieures comprises entre 15°C et 25°C, éviter les temps secs mais aussi les temps humides, pas de pluies prévues dans les 6 heures après l’application, vérifier la direction du vent, pas d’application par vent supérieur à 18km/h.

Porter des équipements de protection individuelle (EPI), c’est à dire combinaison, gants et chaussures imperméables, lunettes, masque avec filtre adapté, veiller à entretenir et à renouveler régulièrement les EPI. Exécuter parfaitement les procédures d’habillages et de déshabillage. Ne jamais stocker les EPI avec les pesticides. Prendre une douche après chaque application de pesticides. Attendre six heures avant d’entrer dans la parcelle traitée.

De plus n’oublions pas que la haie protectrice n’est considérée comme nécessaire que dans des cas bien limités : écoles, aires de jeux, centres de santé, hébergements pour personnes âgées... Habitations individuelles pas concernées. Votre enfant sera supposé être protégé tant qu’il sera en classe mais chez vous...

Stéphane le Foll l’avait bien dit : "Jamais il n’a été question d’interdire à 200 m de toutes les habitations". Par contre il est prévu d’empêcher de construire des établissements "sensibles" à proximité des champs où du pesticide est épandu.

En effet l’article L.253-7-1 se termine par : "En cas de nouvelle construction d’un établissement mentionné au présent article à proximité d’exploitations agricoles, le porteur de projet prend en compte la nécessité de mettre en place des mesures de protection physique". En clair : pas de permis de construire si le "porteur du projet" ne peut garantir qu’il a pris toutes les mesures pour que pas une molécule de pesticide ne parvienne à franchir la "protection physique" qu’il aura mis en place. Bon courage aux maires qui auraient à instruire le dossier d’implantation d’une école, d’un jardin public, ou d’un lieu de santé en milieu rural !

Quant à un nouveau lotissement, n’en parlons pas. En résumé : un article de loi supposé protéger les populations sensibles, se transforme en un article qui protège les pollueurs !

Quant aux personnes isolées, qu’elles ne comptent pas sur la loi pour les protéger. Témoin, l’histoire de la "famille assiégée par les pesticides" rapportée par Médiapart. En juillet 2004 cette famille fait l’acquisition d’une maison dans un village de l’Eure-et-Loir, aux confins du Perche, afin d’offrir à leurs deux jeunes enfants de l’air pur et le contact avec la nature. Ils pensent avoir gagné "un petit coin de paradis". Au printemps de l’année suivante, alors qu’ils fêtent l’anniversaire de l’un de leurs enfants dans le jardin, où se trouvent une vingtaine de personnes, surgit l’énorme tracteur d’un voisin agriculteur, qui commence à épandre un nuage de pesticides à l’odeur nauséabonde sur le champ qui entoure leur maison. Le tracteur roule à un mètre de la haie, et la rampe d’épandage déborde carrément au-dessus de la haie du jardin. C’est le début d’un long combat de la famille pour défendre son droit à respirer d’autant plus que l’un des enfants, âgé de trois ans, tombe rapidement malade. Famille ostracisée et même menacée, indifférence et complicité des pouvoirs publics vis à vis des pollueurs... en 2010 la famille renonce et déménage. Combien de familles, ne disposant pas de la possibilité de changer de domicile, sont contraintes à subir cette pollution sans même oser protester par peur de représailles.

Les deux scientifiques de l’Inserm de Rennes qui ont mené l’étude Pélagie des effets des pesticides sur les femmes enceintes et leurs nouveaux-nés ont bien des raisons de l’affirmer : "vivre à proximité d’une zone agricole n’est pas anodin".


Voir encore :

Les Antilles empoisonnées au chlordécone.

LE MAGAZINE DE LA SANTÉ DU 25 07 2013