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Rennes. Ils chassent les particules fines.

mardi 28 mars 2017, par Gérard Borvon

À pied, à vélo ou chez soi, ces Rennais mesurent en temps réel la qualité de l’air. Rencontre avec les volontaires à la « captation citoyenne » lancée dans le cadre du Plan de protection de l’atmosphère de l’agglomération rennaise.

Le Télégramme

Chaque matin depuis plus d’un mois, Jack accroche son capteur de pollution à sa besace avant de se rendre au travail. Comme lui, ils sont une quinzaine à participer à une initiative citoyenne afin d’évaluer la qualité de l’air de la ville de Rennes. « Ma femme souffre d’asthme sévère et depuis que nous avons déménagé près d’un axe routier, il s’est dégradé donc je voulais savoir si les voitures en étaient la cause », explique Jack Ratieuville, un des volontaires à la « captation citoyenne » qui s’inscrit dans le Plan de protection de l’atmosphère de l’agglomération rennaise. Son petit boîtier noir, prêté par la municipalité, fournit en temps réel le taux de particules fines via une application mobile. « Je contrôle la pollution intérieure et extérieure, je sais à quel moment aérer », précise cet informaticien de 56 ans qui a récemment équipé sa maison de filtres. Au beau milieu d’un parc, le capteur de Jack affiche ce jour-là six microgrammes de particules fines sur un fond vert, synonyme « d’excellente qualité de l’air ».

Les « Ambassad’Air »

« Dès qu’il pleut, la pollution baisse le lendemain », constate ce Rennais. Une observation partagée avec Pierrick Chantrel, un autre « Ambassad’Air », nom donné à l’expérimentation qui doit durer deux ans. Muni de son capteur de poche, ce père de deux enfants arpente les rues rennaises à vélo. Pots d’échappement, station-service, restaurants... cet ingénieur de 38 ans ne laisse échapper aucune mesure de particules fines. « J’utilise mon boîtier jusqu’à ne plus avoir de batterie », soit près de dix heures de données chaque jour. Leur cible privilégiée ? Les particules dont le diamètre ne dépasse pas les 2,5 micromètres (PM2,5), qu’Air Breizh, l’association agréée pour la surveillance de la qualité de l’air en Bretagne, ne comptabilise pas. Or, plus les particules sont fines, plus elles sont dangereuses. Et Rennes connaît régulièrement des pics de pollution.

Prise de conscience collective

Ces enregistrements, ainsi que ceux des quinze autres volontaires de deux quartiers de Rennes bordant la rocade, sont en accès libre (www.aircasting.org/map). Ils viendront à terme compléter les mesures réalisées par Air Breizh. « Nous voulons associer les Rennais à notre démarche en leur permettant de s’approprier les données et de visualiser l’air qu’ils respirent », explique Charlotte Marchandise, adjointe à la santé à la mairie de Rennes. « Nous espérons que les citoyens, en prenant conscience de la pollution dans leur rue ou leur quartier, changeront leur comportement. Par exemple en faisant davantage de vélo, en pratiquant le covoiturage ou en mettant en place un pédibus pour emmener les enfants à l’école », poursuit-elle.

Un enjeu majeur de santé

Pour l’élue, « la qualité de l’air est un enjeu majeur de santé publique qui ne peut pas se passer de la participation des habitants ». Pour Pierrick Chantrel, l’un des volontaires, « la contrainte n’est jamais bonne : quand j’étais jeune, j’étais attaché à ma liberté de conduire une voiture ». Avec ses relevés, il s’inscrit désormais dans une « démarche de sensibilisation ». Catherine Gabillard a aussi répondu à cet « acte citoyen ». Cette mère de deux garçons, dont l’un est asthmatique, épie « chaque recoin de sa maison » dans sa chasse aux particules fines. Employée à la ville, elle essaye de comprendre « d’où vient cette pollution et comment la gérer ». Tous les volontaires à la captation citoyenne échangent leurs expériences avec des experts épidémiologistes ou des élus. « N’hésitez pas à prendre le vélo, même lors de pic de pollution, aérez le matin et surtout ne brûlez pas vos déchets, une des causes principales de la pollution à Rennes », leur indique Alain Laplanche, président d’Air Breizh. L’objectif est désormais de constituer une « armée d’Ambassad’Air » dans l’ensemble des quartiers rennais.

Le Télégramme


Voir aussi :

Pollution de l’air. Une initiative à développer : Rennes distribue des capteurs aux citoyens.

Alors que des grandes villes comme Paris et Lyon sont en alerte aux particules fines dans l’air, Rennes lance une expérimentation : évaluer la qualité de son air, partout dans la ville, en distribuant des capteurs à ses habitants. Une démarche participative, ludique et pédagogique pour faire prendre conscience de la pollution et en affiner les mesures et qui mériterait d’être reprise par d’autres villes bretonnes toutes aussi concernées.

http://seaus.free.fr/spip.php?article1481