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Il faut une régie municipale de l’eau et de l’assainissement à Brest.

mercredi 19 novembre 2008

Brest

Gérard Borvon. « Pour l’eau la régie directe s’impose ! » (Télégramme)

Remunicipaliser le service de l’eau. Voilà l’une des propositions du collectif « La gauche debout » qui organisait hier une conférence sur ce thème. Invité : l’écologiste Gérard Borvon.

Quel serait concrètement l’intérêt pour les Brestois de voir le service de l’eau, confié au privé en 1987, revenir en régie directe ?

Gérard Borvon : Il s’agit d’abord d’un intérêt pour le porte-monnaie du contribuable ! Un rapport de l’Institut français de l’Environnement (Ifen) a montré que, lorsqu’il est géré directement par les municipalités, ce service coûte 20 % de moins dans les petites communes et 30 % moins cher dans les grandes villes, comme Brest. À Grenoble, à l’initiative du Vert Raymond Avriller, à l’origine de la chute du système Carignon, la fin de l’affermage du service, en 1995, a rapporté 50 M€ à la ville, entre 1996 et 2008 ! Cela permet aussi d’améliorer la qualité des services, en multipliant par trois les investissements qui y sont consacrés. De plus, une ville qui reprend le contrôle de l’eau a les moyens politiques d’intervenir auprès des communes associées à sa gestion. Par ailleurs, les communes qui sont revenues à la régie directe se sont rendu compte que les sociétés privées gestionnaires de ce service facturaient leurs besoins, notamment informatiques, à leurs propres filiales, en les facturant, bien sûr, plein pot ! Enfin, l’intérêt du privé n’est sûrement pas d’agir pour économiser l’eau puisqu’elle est payée au m³ consommé ! Et pour diminuer ses coûts, elle rogne sur ses investissements, jamais sur ses profits !

Pourquoi le système de la société d’économie mixte (Sem) ne trouve-t-il pas grâce à vos yeux ?

Quand, en 1995, Grenoble a choisi la Sem, 51 % publique-49 % privé, elle a vite constaté que c’était ce dernier qui continuait à dicter sa loi. En 2000, elle a donc choisi la régie directe, mais a perdu de l’argent, car elle a dû indemniser le fermier et du temps. Laisser une part au privé, c’est installer le loup dans la bergerie. Une entreprise privée restera toujours fidèle à sa logique économique. Créer une Sem, c’est obéir à la pression des lobbies.

Comment expliquez-vous le mouvement de remunicipalisation du service de l’eau et de l’assainissement qui se constate actuellement en France ?

Le mouvement s’est enclenché à la suite de fameuses affaires de corruption. Mais ces dossiers prennent du temps. Il faut aller vite. Cela passe par des audits sérieux. À Lyon, l’audit a permis de montrer que leur fermier avait touché 400 M€ de trop-perçu en 20 ans. À Bordeaux, 233 M€ ! À Lille, la communauté urbaine avait versé 160 M€ à son fermier pour qu’il refasse ses tuyaux, avant de s’apercevoir que les travaux n’avaient jamais été réalisés !

Propos recueillis par Patrice Le Berre

Voir le site du collectif "La gauche debout"

Voir aussi :

Brest-eau-publique.net : un site collaboratif sur le service public local de l’eau et sa gestion

ainsi que :

Gestion de l’eau : parti pris du PCF pour Véolia

La Gestion de l’eau par Véolia et la campagne électorale à Rennes.


La position du Parti Socialiste en 1987

Un article de Brest Eau Publique.

Communiqué de Jean-Luc POLARD, Secrétaire du Comité de Ville du Parti Socialiste

Brest, le 12 février 1987,

Pour payer, entre autres, les réalisations de prestige, et les dépenses somptuaires engagées dans la partie de l’Hôtel de Communauté qu’il se réserve, le Président Lombard a décidé de découper les services de la CUB en tranches qu’il entend vendre les unes après les autres au secteur privé.

Ainsi, dès 1987, entend-il orner la corbeille de la Compagnie Générale des Eaux, déjà présente à Brest sur le projet de réseau câblé et l’usine d’incinération du service Eaux & Assainissement de la CUB.

Cette manoeuvre politico-financière devrait lui permettre de colmater les brèches qu’il a lui-même ouvertes dans son budget.

Les mêmes maux nécessitant les mêmes remèdes, il trouvera prétexte à vendre le service de répurgation l’an prochain ... et ainsi de suites

Politiquement, c’est un reniement :

Monsieur Lombard que l’on aurait pu croire attaché à la CUB, dont la création lui doit beaucoup, la vend désormais par appartement.

Economiquement, c’est une braderie :

Après avoir consenti de gros investissements et doté l’agglomération d’un service des eaux performant, en cède l’outil, payé par les contribuables, à une entreprise privée qui sera chargé du fonctionnement.

Financièrement, c’est une inconséquence :

Comment le Président Lombard peut-il prétendre que le fonctionnement de ces services grève le budget de la CUB, mais qu’une société privée peut tout à la fois rendre le même service, mieux payer le personnel et réaliser des bénéfices ? Par quel tour de passe-passe ?

Socialement, c’est un marché de dupes :

Détachés de la CUB, les salariés communautaires, qui n’ont même pas été consultés, risquent à terme de perdre leur statut.

Electoralement, c’est une tromperie :

L’objectif déclaré est de limiter la pression fiscale, mais si on l’interroge sur l’évolution du coût du traitement des ordures ménagères par l’usine d’incinération ou sur l’évolution du prix de l’eau potable après affermage, Monsieur Lombard n’a ... aucune réponse !

Habitants de la CUB, Brestois, prenez garde : Monsieur Lombard vend la CUB mais tire des traites sur l’avenir, et vous serez les payeurs !

Il a tout du châtelain qui pour se payer la nouvelle aile du château vend les meubles et se sépare des domestiques. Cependant, il se trompe d’époque : si l’affermage rime avec servage, le second est d’un autre âge !

Le Parti Socialiste soutient totalement les employés communautaires qui défendent non seulement leurs emplois mais aussi le maintien d’un service public de qualité dont bénéficie la population de la CUB.

Le Parti Socialiste dénonce par ailleurs les amalgames mensongers que pratique le Président Lombard dans ses références à d’autres villes.

Le Secrétaire du Comité de Ville Jean-Luc POLARD



La position de l’UFC "Que Choisir"

Le Télégramme 19.11.08

Eau et assainissement. « Plus de transparence »

En 2012, le contrat de BMO avec Veolia arrivera à expiration pour l’eau. UFC-Que Choisir pousse au débat et avait invité, hier, un ex-cadre dirigeant du secteur privé.

« Une étude de l’Institut français de l’environnement montre un surcoût du prix de l’eau de 20 à 40 % dans les villes affermées », constate Paul Linossier. Invité hier soir d’une réunion publique, celui-ci a fait sa carrière notamment à la Compagnie de l’eau et de l’ozone et à la SDEI, rachetée par la Lyonnaise des eaux.

Trois mécanismes

Retraité aujourd’hui, membre de Que Choisir en Ardèche, il décrit trois mécanismes qui, dans le cas d’affermage ou de délégation, pèsent, à ses yeux, dans le prix final payé par l’abonné. « L’indexation des prix à partir d’une formule qui permet de revaloriser le prix de base du contrat une ou deux fois par an va permettre, en règle générale, de faire augmenter le prix de l’eau trois à quatre fois plus vite que l’indice des prix », estime-t-il. « Sur BMO, ces dernières années, l’augmentation du prix de l’eau a été deux fois plus vite que l’indice », considère Michel Merceron, vice-président de Que Choisir Brest. Second mécanisme : la provision pour le renouvellement, liée aux travaux nécessaires. « Le problème, c’est que la provision n’est jamais dépensée totalement. Ce mécanisme est régulièrement dénoncé par les cours des comptes régionales », explique Paul Linossier.

« Fournir la liste des dépenses effectuées »

« Nous demandons à BMO de demander au délégataire de fournir la liste des dépenses effectuées », indique Michel Merceron. Troisième mécanisme : le mode d’imputation des charges. « On ne peut pas mesurer le coût réel », estime Paul Linossier. « Connaître exactement les charges permettrait de savoir aussi ce qu’il en coûterait à la collectivité dans le cadre d’une régie publique », observe Michel Merceron.

Demande d’audit

Tous deux souhaitent que « l’abonné paie juste le prix de l’eau » et précisent que certaines collectivités ont demandé des audits et obtenu des abattements ou remboursements. Ils citent notamment Bordeaux. « Nous souhaitons que BMO demande un tel audit », indique Michel Merceron.