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Centrale à gaz à Landivisiau. Qui veut supprimer les centrales de Dirinon et Brennilis ?

mercredi 23 février 2011, par Gérard Borvon

Parmi toutes les rumeurs, celle d’une éventuelle fermeture des turbines à gaz de Dirinon et Brennilis commence à courir.

Pourquoi ces centrales ? Quand ont-elles été construites ? Pourquoi les arrêter ?

Quelques réponses.

La première version de cet article avait été écrite en février 2011 au moment ou le projet de centrale à gaz ciblait Guipavas. Il reste valable maintenant que celui-ci s’est transporté à Landivisiau.


Leur histoire commence en 1978.

Fin août 78, période de vacances, une annonce est faite dans les pages "Landerneau" de la presse locale. Un véritable scoop !

Depuis plusieurs mois déjà, les militants locaux sont engagés dans la lutte contre la centrale nucléaire qui, pour le moment, est prévue à Ploumoguer. Ils préparent déjà la manifestation qui devrait être massive, en septembre, à Brest (15 000 personnes répondront effectivement à l’appel) après les grandes manifestations contre la marée noire de l’Amoco-Cadiz.

Ce qu’ils lisent ?

"Le projet d’implantation d’une centrale nucléaire à Ploumoguer aurait-il réellement fait naufrage avec le super-tanker qui vient d’empoisonner toute la côte ?" car, poursuit le journaliste, deux communes, Brennilis et Dirinon, "sont en piste" en vue de l’implantation d’une centrale thermique.

Les militants antinucléaires ne sont pas loin de penser qu’il s’agit d’une diversion mais le projet semble sérieux et un schéma est même associé à l’article.



En fait, EDF rétablit rapidement la vérité. La centrale nucléaire est toujours au programme mais en attendant sa construction il est important de répondre au besoin d’électricité pendant "les pointes".



La centrale de Dirinon


Depuis cette date elles remplissent leur rôle.

EDF en fait même une promotion active :


Depuis 1978, les centrales de Cordemais, Brennilis et Dirinon forment un même ensemble qui lie entre eux les cinq départements bretons.


" Quelques mots sur les turbines à combustion

Fonctionnant avec des combustibles fossiles (gaz naturel ou fioul domestique) les turbines à combustion représentent une technologie récente. Elles intègrent dès la conception les techniques les plus modernes au service d’un environnement préservé.

Les turbines à combustion :

* produisent de l’énergie électrique pour faire face aux pointes et extrêmes pointes de consommation,

* garantissent une sécurité d’alimentation en étant prêtes à tout moment à remplacer la production d’une autre installation défaillante,

* démarrent sans aucune source d’énergie externe pour fournir l’électricité nécessaire au redémarrage des autres centrales classiques ou nucléaires en situation perturbée."

Des centrales remises à neuf en 2009-2010

C’est ce que nous révèle un récent dossier de presse que EDF consacre à la centrale de Cordemais et aux cinq turbines finistériennes de Brennilis et Dirinon qui lui sont reliées.

"Les turbines à combustion de Brennilis et Dirinon sont situées dans le Finistère en Bretagne. Elles représentent 465 MW de puissance installée (2x 85 MW + 125 MW à Brennilis et 2X85 MW à Dirinon). 2 éoliennes sont également installées sur le site de Dirinon (chacune 850KW).

Les turbines à combustion de Brennilis et Dirinon sont destinées à fonctionner pendant les périodes de forte consommation, de saturation et de sécurisation du réseau.

Elles fonctionnent en moyenne quelques dizaines d’heures par an et peuvent être démarrées très vite, sans préavis et avec une grande fiabilité.

Afin de préserver la fiabilité et la réactivité des turbines à combustion de Brennilis et Dirinon, des opérations de maintenance ont été menées en 2009 et se poursuivront en 2010, avec notamment une inspection majeure débutée en avril sur le site de Brennilis et une à l’automne sur le site de Dirinon.

Cette opération d’une durée de 4 mois consiste à :

- déposer les rotors de la turbine et de l’alternateur de la TAC, à les transporter en usine chez le constructeur pour expertise afin de réaliser des travaux de maintenance (équilibrage et remplacement des pièces usagées).

- rénover les principaux composants électriques (disjoncteur, tableaux, transformateur etc.),

- optimiser le contrôle commande par un système d’historisation des données de production qui gagne en efficacité.

Plus de 100 personnes interviennent sur le chantier (EDF et prestataires).

Entre 2009 et 2010, 26 millions d’euros auront été consacrés à la révision complète des 4 Turbines à Combustion de 85 MW."

Fiables et efficaces sont donc les turbines de Dirinon et Brennilis si on en croit EDF. Alors pourquoi ces rumeurs de fermeture ?

Qui veut fermer Dirinon et Brennilis ?

Une rumeur circule, relayée par certains médias :

"La future centrale (celle initialement prévue à Guipavas et actuellement à Landivisiau) remplacera les anciennes au fioul de Dirinon (170 MW) et Brennilis (295 MW), qui ne tournent que 200 heures par an, lors des pics de consommation.

Toutefois, elle fonctionnera bien plus régulièrement. D’abord pour une question de rentabilité. Aucun industriel n’investirait pour si peu de production. Leur seuil de rentabilité se situe aux alentours de 5 000 heures par an (trois jours sur cinq).

Dominique Ramard, conseiller régional en charge de l’énergie, y voit aussi une volonté « de trouver une forme d’autonomie et de rassurer les entreprises ». Cette centrale produirait 10 % des besoins bretons, contre 34 % en énergies renouvelables (surtout de l’éolien) et 56 % d’approvisionnement extérieur (nucléaire et thermique)." (Ouest-France)

Il faut lire la nouvelle autrement :

"Si une centrale au gaz de 450Mw fonctionnant un minimum de 5000 heures par an était installée dans le Finistère, alors on pourrait fermer les centrales de Dirinon et Brennilis qui remplissent bien leur rôle mais coûtent cher à EDF en frais de fonctionnement et d’entretien."

Le problème est bien celui-là : les centrales de Dirinon et Brennilis sont là pour assurer la sécurité du service public de l’électricité et non pas pour garantir les bénéfices d’actionnaires privés.

Leur fermeture et l’implantation d’une centrale à gaz à Landivisiau va simplement dans le sens de la privatisation des services publics.

Rumeur ou intoxication ?

Lancer la rumeur d’une fermeture de ces centrales est habile. Le recours obligatoire à une solution de remplacement deviendrait crédible.

Mais qui peut penser qu’après une remise à neuf et 26 millions d’euros investis on les mettrait au rencard ?

On peut d’abord s’attendre à la résistance des travailleurs EDF qui voudront défendre leur outil de travail (voir à ce sujet le dossier de presse de mai 2010).

On imagine mal également l’absence de réaction des maires de Dirinon et Brennilis. Les centrales leurs apportent des royalties dont ils n’aimeraient pas se priver.

Conclusion

Ne nous laissons pas intoxiquer par la rumeur. Ces centrales dureront le temps qu’il faudra pour voir la montée en puissance des économies d’énergie et des énergies renouvelables. On pourra alors s’en passer.

Alors, une centrale à Landivisiau ?

Encore une fois, Non Merci !


Les centrales en chiffres.

Puissance totale : 474 Mw


Silence on ferme !


Électricité. Des centrales d’appoint menacées

Le Télégramme. 4 octobre 2011

L’avenir s’assombrit pour les producteurs indépendants d’électricité « d’extrême pointe », en Bretagne. EDF veut revoir la rémunération de leur production, pourtant indispensable lors des pics de consommation.

Au moment où la France s’interroge sur sa sécurité d’approvisionnement en électricité et où les importations en provenance d’Allemagne deviennent incertaines, la nouvelle donne imposée par EDF aux petites centrales électriques « d’extrême pointe » laisse perplexe. D’autant plus en Bretagne, où le spectre d’un black-out revient chaque hiver avec les premiers froids et où il faudra encore patienter quelques années pour voir le fameux pacte électrique breton donner ses pleins effets.

Une souplesse inégalée

C’est pourtant bien EDF lui-même qui, il y a une quinzaine d’années, avait stimulé l’implantation de ces petites unités au fioul, bâties par des producteurs indépendants. En Bretagne, elles sont aujourd’hui au nombre de neuf. Dont celles de Saint-Coulitz (29) et de Melgven(29) qui se composent de quatre alternateurs de 2.000kVA, capables de produire 6.700MegaWatt/heure. Une production marginale, certes, mais à laquelle l’opérateur a recours régulièrement : dans le cas de l’usine de Saint-Coulitz, 17 fois en 2007, 11 fois en 2008, 21 fois en 2009 et 25 fois l’an passé. Dans les situations de grand froid mais aussi -ce que l’on sait moins-, lors des pics de chaleur où les pompes à chaleur et autres climatiseurs fonctionnent à plein régime, ces centrales sont utilisées comme le dernier moyen de production appelé, avant le recours au délestage. Leur souplesse est inégalée :« Nous sommes les seuls capables de produire autant de puissance, et aussi vite. Rien à voir avec l’éolien, le photovoltaïque ou même le nucléaire. En six minutes, on atteint la puissance de pointe. Commandée à distance, la production est alors réinjectée sur un poste source d’EDF », plaide FrançoisGuéble.

Le kilowatt passe de 93 € à 29 € par an

Comme tous ses collègues, le P-DG de la société propriétaire des deux sites de Saint-Coulitz et Melgven avait conclu, à l’origine, un contrat de mise à disposition de l’électricité assez avantageux(93€ le kilowatt par an) avec EDF. Des contrats de 15 ans, qui ont ensuite été « reconnus, par la loi de février2000 comme remplissant une mission de service public ». Mais aujourd’hui, alors qu’ils arrivent à échéance, le renouvellement de ces contrats ne se ferait pas dans les mêmes conditions. Arguant que les investissements initiaux sont aujourd’hui largement amortis, EDF propose aux producteurs d’indexer les contrats sur les prix de marché (soit 29€ le kilowatt et par an). « Pas viable », selon l’Association nationale des producteurs d’électricité d’extrême pointe (ANPEEP) qui estime « qu’au moindre incident coûteux, à ces tarifs-là, les producteurs seront rapidement dans le rouge ».

Portes ouvertes aujourd’hui à Melgven

Si certains producteurs indépendants se sont déjà pliés aux nouveaux tarifs, d’autres ont préféré mettre leurs installations en sommeil. Et alors que leur tour arrive, c’est l’option que semblent également privilégier François Guéble, ainsi qu’un de ses collègues propriétaire d’une troisième centrale à Josselin(56). Avant d’en venir à cette extrémité, l’ANPEEP qui a entrepris des démarches auprès du ministère de l’Industrie, demande aux pouvoirs publics de mettre en place un dispositif transitoire. « On souhaite être rémunéré à un tarif proche de celui défini par le rapport Poignant-Sido, qui estime que le coût fixe d’une centrale d’extrême pointe est de l’ordre de60€ par kilowatt et par an ». Michel Guéble souhaite, en parallèle, sensibiliser les élus locaux et les usagers. Une opération portes ouvertes est donc organisée aujourd’hui, de 10h à 13h, sur le site de Melgven (au lieu-dit Kerléan).

* Jean-Luc Padellec


La gazette des communes.

Une trentaine de petites centrales électriques menacées de fermeture.

Une trentaine de petites centrales électriques, particulièrement sollicitées lors des périodes de froid hivernal, sont menacées de fermeture faute de contrat de vente de leur électricité avec Electricité de France (EDF), selon un communiqué diffusé le 1er décembre.

« Au moment où la France bat des records d’importation d’électricité et où l’alerte rouge est déclenchée (…) en Bretagne, plusieurs dizaines de centrales d’électricité d’extrême pointe sont à l’arrêt forcé depuis le 1er novembre, faute de renouvellement des contrats » par EDF, dénonce l’association nationale des producteurs d’électricité d’extrême pointe (Anpeep).

Ces petites centrales thermiques au fioul, réparties dans toute la France et d’une puissance totale de 250 mégawatts (MW), revendiquent « depuis plus de 15 ans » un « rôle fondamental dans l’équilibre du système électrique » car elles sont utilisées « comme le dernier moyen de production » avant le recours au délestage (coupure d’électricité).

La consommation d’électricité approchait mercredi 1er décembre de ses niveaux record en raison du froid, au point de susciter des craintes de coupures en Bretagne où le gestionnaire du réseau RTE a appelé les habitants à modérer leur consommation.

Jusqu’à présent, les producteurs de l’Anpeep vendaient leur électricité à EDF au prix de 94 euros par mégawatheure (MWh) mais le groupe leur aurait proposé un nouveau prix de 26 euros/MWh « en disant que c’était le prix de marché », a indiqué à l’AFP Michel Courrèges, président de l’Anpeep.

Ce prix, trop bas, oblige « les exploitants de nos centrales à arrêter leur production faute de pouvoir faire face aux coûts fixes de nos installations », selon le communiqué.

C’est le cas notamment de la centrale de Josselin dans le Morbihan qui ne peut plus depuis le 1er novembre « assurer sa mission de service public dans une région très sensible sur le plan de la sécurité énergétique », indique l’Anpeep.


Voir aussi :

Turbines à combustion de Dirinon et Brennilis. Les pompiers du réseau.


Supprimer les centrales de Brennilis et Dirinon où les améliorer ?

A l’évidence la fermeture n’est pas à l’ordre du jour.