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Le succès du "Grenelle de Véolia-Environnement".

dimanche 28 octobre 2007

"L’environnement est un défi industriel". Tel est le slogan de la campagne lancée par Véolia en juin 2006

Tout laisse à penser que le "Grenelle de l’Environnement" n’est que l’apothéose de cette magistrale opération de lobbying.


Dessin de Channu extrait de Ouest-France


Pour une écologie sans les écologistes

"Pour avoir, ici, douté de ses compétences, commençons par rendre hommage à Jean-Louis Borloo. Lors du Grenelle de l’environnement, il a su passer, au début du grand basculement national, d’une écologie restrictive, malthusienne, pour qui l’homme est le destructeur de la belle nature, à une écologie offensive, qui veut réorienter le développement économique, pas le freiner. Rendons grâce aussi à Nicolas Hulot pour avoir eu l’intelligence de comprendre que la solution était chez Nick Stern, ancien économiste de la Banque mondiale et auteur d’un rapport qui fait date, remis à Tony Blair il y a un an. Le dossier de l’écologie a donc quitté les mains des écologistes pour devenir un sujet d’économie politique : voilà un grand pas de fait vers une solution durable."

Cet hommage rendu, dans Le Monde du 27 octobre 2007, à Jean-Louis Borloo et à Nicolas Hulot, qui ont su arracher la défense de l’environnement des mains des écologistes pour la confier aux industriels, est de Eric Le Boucher porte parole attitré du libéralisme.

Eric Le Boucher était également membre de la commission Attali chargée de dégager le terrain de tout ce qui pouvait freiner la "croissance" et en particulier ce "principe de précaution" inscrit dans la constitution et qualifié par lui "d’ânerie chiraquienne" à laquelle on "ne touche pas pour acheter le calme des ayatollahs verts".

Certains ont pu présenter cette commission Attali comme une contre-feu au Grenelle de l’Environnement. Tout laisse pourtant à penser qu’il s’agissait en réalité d’une double opération concertée au profit des lobbies. L’hommage rendu à Borloo et Hulot en est l’une des confirmations.

L’environnement confié à l’industrie n’est pas une idée neuve et plutôt que de rendre hommage à Jean-Louis Borloo il faudrait saluer la performance des lobbies qui étaient à la manoeuvre dans son ministère.

Paris, 5 juin 2006. « L’environnement est un défi industriel »

Lundi 5 juin 2006, journée mondiale de l’environnement, Veolia Environnement lance sa campagne qui, au delà d’un défi industriel, est d’abord un défi lancé aux écologistes. La date n’a pas été choisie par hasard.

Il s’agit d’abord de " Construire durablement la marque Veolia".

"Durable", le mot forgé par les écologistes pour qui le "développement durable" est celui qui permet un monde vivable pour les génération futures.

"Durable", le mot magique que l’on voit mettre, aujourd’hui, à toutes les sauces productivistes.

Véolia Environnement qui se présente comme le "Premier groupe mondial des services à l’environnement", a rassemblé à l’automne 2005 ses différentes branches (Eau, Propreté, Énergie, Transports) sous la bannière commune Veolia.

L’objectif de la campagne est d’affirmer "une vision novatrice et engageante en associant les notions « d’industrie » et « d’environnement », jusqu’alors souvent considérées contradictoires... Concilier environnement et activité humaine à l’échelle de la planète nécessite des solutions globales et d’envergure : des solutions industrielles."

On connaît la campagne : cette ville vue du ciel prenant une forme d’arbre et dans laquelle seront présentés les différents secteurs d’activité de Véolia (Eau, Énergie, Propreté, Transports).

Les cibles sont clairement annoncées :

"Cette campagne s’adresse à trois cibles principales : évidemment, le coeur de cible business (clients actuels et potentiels des collectivités et de l’industrie) mais aussi les décideurs économiques politiques et plus largement le grand public afin de faire de Veolia Environnement une marque de référence."

Le plan media est bien organisé :

"Une première vague, avec une première annonce générique, paraît en France, au Royaume Uni, en Allemagne, en République Tchèque, en Roumanie et au niveau pan-européen, du 5 Juin 2006 au 14 Juillet 2006. Elle est publiée dans la presse quotidienne, la presse magazine économique et d’information et la presse professionnelle.

En septembre 2006, une deuxième vague de parutions presse sur trois mois déclinera les annonces branches en plus de l’annonce générique.

En octobre sera diffusé le film Veolia Environnement, en France et sur les chaînes de télévision pan-européennes.

À partir de septembre, un dispositif d’affichage est prévu dans les aéroports de Paris, Londres, Shanghai, Hong Kong, New York, Chicago et Los Angeles et dans la gare de Bruxelles."

La suite du programme est plus discrète mais certainement encore plus efficace : investir les gouvernements Sarkozy-Fillon.


Mai 2007. Un directeur de VEOLIA rentre au ministère de Borloo

Tel est le titre d’un article du "blog finance" du 22 mai 2007 que nous reproduisons ci-dessous.

Et un de plus, un !

Gouvernement Fillon, ou gouvernement du CAC 40 et des medias réunis ?

L’on pourrait à juste titre se le demander. Si au moins cela sert salariés et actionnaires ... Mais la concurrence va peut être avoir son mot à dire ...

Stéphane Richard, directeur de la division transport de Veolia Environnement, a été nommé mardi directeur de cabinet du ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi Jean-Louis Borloo, a annoncé le ministère dans un communiqué.

M. Richard, 45 ans, est diplômé de HEC et ancien élève de l’ENA. Né le 24 août 1961, cet inspecteur des Finances a été conseiller technique au cabinet de Dominique Strauss-Kahn, ministre délégué à l’Industrie et au Commerce extérieur (1991-1992).

Il rejoint alors la Compagnie générale des eaux en tant que chargé de mission à la direction financière. Il dirige ensuite la Compagnie générale d’immobilier et de services (CGIS), devenue Nexity, dont il devient PDG de 1997 à 2000, puis président du directoire, jusqu’en 2003.Il rejoint Veolia en 2003 comme directeur général de Connex, devenue en 2006 Veolia Transport.

Au moins, on ne pourra pas dire qu’il ne connait pas ses dossiers. Les compétences et l’expérience sont là et bien là. Reste néanmoins que la frontière entre politique et finances devient de plus en plus ambigüe. Mais on ne pourrait reprocher au gouvernement de s’entourer de spécialistes, lesquels spécialistes pour l’être ont dû exercer dans le secteur privé.

Certes, mais Suez ne doit pas voir la chose d’un même oeil. Et qui dit que Veolia ne sera pas “priviligiée” dans le cadre d’appels d’offres sur des marchés publics ?

La tribune de Genève quant à elle parle de Rachida Dati, le nouveau garde des sceaux, comme une redoutable femme de réseaux. Si le journal mentionne son passage chef Elf et Matra dans les années 80 qui “lui a donné accès aux coulisses de l’appareil d’Etat”, il revèle qu’elle est aussi proche du groupe Véolia, de son président Henri Proglio.

Le Figaro précise pour sa part que Rachida Dati a été cooptée par les réseaux patronaux, qui cherchent à faire grandir des talents chez les Français d’origine immigrée. Jacques Attali, Henri Lachman, Henri Proglio, ou encore Jean-Luc Lagardère, ne tarissent pas d’éloges sur leur protégée. Proglio encore ...

Selon le site en ligne www. bakchich.info, c’est Rachida Dati qui aurait convaincu le patron du groupe Véolia, solidement implanté au Maroc, Henri Proglio, de basculer dans le camp des sarkozystes.

Rachida Dati serait parvenue à ses fins en organisant un tête-à-tête discret entre le ministre et l’industriel. « Selon des proches, ce dernier aurait reçu des assurances : une fois Nicolas Sarkozy installé à l’Elysée, Proglio succéderait à Bercy (ministère de l’Economie) à Thierry Breton ». Dire qu’il y a moins d’un an, ce chiraquien se répandait en médisances sur le ministre de l’Intérieur dans les dîners parisiens…"


Un oligarque au gouvernement.

Marc Laimé nous décrit le parcours de Stéphane Richard, cet oligarque qui est resté à Bercy comme directeur de cabinet de Mme Christine Lagarde, ministre des Finances du gouvernement dirigé par M. François Fillon.

Tout laisse à penser que le changement brutal de ministère de Jean-Louis Borloo n’a pas coupé les liens qu’il entretenait avec son ancien directeur de cabinet.

Le décor étant ainsi planté on comprend mieux la pièce qui s’est jouée sur la scène médiatique.


Le Grenelle de Véolia Environnement

Vu le poids des lobbies et des politiques, vu l’importance donnée à Nicola Hulot comme représentant de "l’écologie", le consensus, qui était le principe de base de ce Grenelle, ne pouvait se faire que sur les propositions ne mettant pas en cause le développement du productivisme libéral.

Par contre l’occasion était bonne pour drainer des capitaux vers de nouvelles activités.

L’eau, l’énergie, la propreté, les transports... autant de spécialités de Véolia qui nécessitaient son attention particulière

L’eau était la grande absente de ces discussions. Ce n’est pas un hasard. Même si c’est le domaine essentiel de l’intervention du ministère de l’écologie, le sujet était trop délicat pour les lobbies. On aurait pu y parler de gestion publique, on aurait pu y mettre en cause les super-profits des multinationales.

L’eau a donc été confiée à la "biodiversité" avec le résultat que l’on sait : refus de taxation efficace des intrants azotés et des pesticides, refus d’engagement précis sur le retait des pesticides.

La propreté, ce sont les incinérateurs, spécialité de Véolia. Pas question d’un moratoire. Utiliser la chaleur produite, voilà pour l’écologie.

Pas question non plus, pour le gouvernement, de s’attaquer sérieusement à la production de déchets, en particulier aux emballages et à la publicité.

Le tri sélectif, le "recyclage", c’est aussi une bonne affaire. "Plus vous gaspillez, plus le PIB et la croissance augmentent" pourrait être un des slogans du "défi industriel".

N’écoutez pas ces écolos tristes qui voudraient vider vos caddies. Consommez sans complexes et remplissez vos poubelles, nous nous en occupons !

Le transport ? Oui au tramway a dit Sarkozy. Bonne nouvelle pour les écologistes mais aussi pour Véolia qui collectionne sa gestion dans les villes.

Coup d’oeil sur le site de Véolia :

"Ses services de transport public de voyageurs apportent des solutions à la circulation urbaine, à la limitation des gaz à effet de serre et contribuent à l’amélioration de la qualité de la vie. Veolia Transport s’intéresse également aux marchés industriels (lignes de fret ferroviaire, services sur plateformes aéroportuaires, gestion d’embranchements ferroviaires industriels avec logistique associée, etc.). Veolia Transport est aujourd’hui l’un des rares acteurs du secteur à se développer fortement à l’international."

Merci les écolos pourra dire le lobby.

Par contre pas question de limiter la vitesse sur les routes. Pas de taxation dissuasive des carburants et des poids lourds. Pas d’engagement réel sur la fin de la construction de nouvelles autoroutes. Oublié l’effet de serre quand l’économie est en jeu.

L’énergie ? L’effet de serre est une vraie bénédiction pour les lobbies.

D’abord pour ceux du nucléaire : C’est simple : le nucléaire sauvera la Planète, alors pas touche à mon EPR. D’autant plus que de nouveaux marchés s’ouvrent du côté de tous ces pays instables qui veulent leur armement nucléaire.

Pour le reste, sans toucher à l’essentiel des activités polluantes (les transports, l’industrie et surtout le nucléaire) on va pouvoir développer de nouvelles branches alimentées par l’impôt : isolation, énergie renouvelables.

Véolia est dans le coup : "Choix des énergies les mieux adaptées, amélioration de l’efficacité énergétique des outils de production et de transformation, maintenance et bonne gestion des réseaux, valorisation des économies de CO2 : un ensemble complet de services permet à la Division Services énergétiques de Veolia Environnement d’assurer la meilleure efficacité énergétique et environnementale des sites dont elle a la gestion." indique son site.

Bravo devraient dire les écologistes qui se battent depuis si longtemps pour des économies d’énergie et des énergies propres.

Avec 30 ans de retard on les a enfin entendus. Mais n’oublions pas que l’enjeu essentiel est tout autant, pour eux, la sortie du pétrole que celle du nucléaire.

Et le nucléaire, Véolia pourrait très bientôt en être à travers sa branche énergie (la rumeur a couru un moment d’une fusion entre EDF et Véolia) ou encore à travers des centrales pour dessaliniser l’eau de mer en Lybie ou au Maroc (AREVA, Véolia, même combat).

Un Grenelle de dupes ?

Ne sont dupes que ceux qui ont voulu se laisser duper. Les lobbies productivistes agissent en pleine clarté. Sans doute étonnés, les premiers, du peu de résistance qu’ils rencontrent.


Lire aussi de Marc Laimé : La France soumise au partenariat-public-privé

sur le site de SeauS : Avant et après le Grenelle de l’environnement.

De Marc Laimé : Le Grenelle au kärcher (Trade mark*)

Voir aussi les contributions écrites de Véolia.

et surtout sur le site de Véolia : Contribution de Veolia Environnement au Grenelle de l’environnement en France avec le rêve d’un Grenelle Planétaire piloté par Véolia, Suez et SAUR :

" En conclusion, il nous semble que l’ambition nationale qu’exprime le Grenelle de
l’Environnement trouve un prolongement naturel et parfois indispensable au plan
communautaire et international.

La France dispose de deux atouts historiques :

- Un modèle de gestion des services publics environnementaux, précurseur
du partenariat public privé
, permettant de mettre au service de la collectivité
publique qui conserve sa liberté de décision, d’arbitrage et d’organisation,
l’efficacité gestionnaire du secteur privé.

Ce modèle mérite dans certains cas d’être actualisé mais après avoir fait la preuve
de sa performance depuis 150 ans et de son exportabilité partout dans le monde il
pourrait servir davantage d’inspiration à la réglementation communautaire.

- Un secteur industriel qui occupe le premier rang mondial du service à
l’environnement avec Veolia Environnement, Suez Environnement, SAUR
, etc. Au-
delà de son impact économique, cette industrie pourrait être davantage utilisée
par notre pays pour apporter en dehors d’une approche commerciale son
expertise inégalée à la réalisation des Objectifs du Millénaire en matière d’accès
aux services essentiels, en particulier sur le continent africain.
"
(extrait de la synthèse des propositions de Véolia

Voir aussi sur cette emprise mondiale :

Loi "Oudin-Santini" sur la coopération internationale : une nouvelle arme pour les lobbies de l’eau ?



Sur le site de la Fondation Véolia Environnement on peut lire :

La Fondation Veolia a aidé 4 des 9 ONG présentes au Grenelle de l’environnement, notamment LPO et FRAPNA Rhône.

Est-il nécessaire de commenter ?


Une vidéo qui décape : Les Eco-Tartuffe