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Guerre de l’eau au cœur du Moyen Atlas
samedi 15 septembre 2007
D’un côté un promoteur et les autorités, de l’autre la population. Les premiers veulent exploiter l’eau d’une source près d’Ifrane, les seconds assurent que le projet va leur voler leur seule ressource et les pousser à l’exode rural.
30-11-2006. Extrait de "Le journal". Rabat
Le conflit s’envenime.
Alignés sur les marches du centre de formation islamique devant la fontaine du douar, l’heure n’est pas à la rigolade pour les doyens de la zaouia de Ben Smin, un petit village à quelques encablures d’Ifrane. L’œil noir, le verbe haut, Abdoullah, 80 ans, Mabrouk, 63 ans, Hay Moulay Idriss, 85 ans, Lahcen, 75 ans, Mohamed 78 ans et Moha, 110 ans vibrent de colère depuis des mois et des mois. L’objet de leur courroux : la prochaine exploitation industrielle de la source du village par la société euro-africaine des eaux. Pour eux, ça ne fait pas un pli, l’opération va conduire à la mort de la zaouia. La majorité des 3000 habitants de la zone vivent du maraîchage et de l’élevage de quelque 5000 ovins. Impossible dans ces circonstances d’accepter qu’une entreprise vienne puiser dans leurs ressources en eau qu’ils considèrent déjà comme largement insuffisantes.
« Cette eau, c’est notre seule richesse. C’est l’héritage de nos ancêtres. Avec la sécheresse, on en manque déjà. Si l’usine de mise en bouteille ouvre, il n’y en aura plus assez pour l’agriculture. Nos jeunes pensent déjà à partir vers les villes. Ce projet va tuer le village », s’emporte Mohamed. Un peu plus loin sur les marches, Moha, bien plus de 100 ans au compteur, est, avec sa bouille ronde, ses béquilles qui ne le quittent jamais et son sourire espiègle et édenté, la mémoire de la zaouia. Depuis 2001, année de lancement des procédures, il ne se lasse pas de raconter une de ces légendes qu’il assure avoir vécues et qui prouvent selon lui à quel point la source est intimement liée à l’histoire de la zaouia. « Quand j’étais jeune, une tribu voisine voulait récupérer notre eau. Un sage s’est rendu avec toute la population à la source. Au cours d’une cérémonie, il a demandé à l’eau de rester dans le canal dans lequel elle coulait si elle appartenait à la tribu ou de passer par un autre chemin si elle était à nous. C’est ce qu’elle a fait, il y a des traces qui le prouvent. Alors qu’on ne nous parle pas aujourd’hui de nous prendre notre eau », s’énerve le bonhomme en tapant ses cannes par terre. Même colère à quelques mètres de là, dans la salle de prière où se sont réunies une trentaine de femmes du village. « On réussit à peine à être autosuffisants avec nos récoltes. La vie est de plus en plus difficile. Comment voulez-vous qu’on s’en sorte si on nous enlève notre seule ressource ? », se désespère Zora Outaleb, 36 ans. À côté d’elle, une vieille femme, qu’on imagine pourtant mal une batte de base-ball à la main, s’emporte : « s’ils commencent à construire l’usine, on ira tout détruire. On ne se laissera pas faire ».
Pot de terre contre pot de fer
Las, les vieilles histoires d’un ancêtre édenté et de quelques femmes pèsent bien peu de choses face à l’ampleur du projet qui est en train de se mettre sur pied au milieu de ces collines arides où de grands champs de pierres se disputent l’espace avec quelques prairies où les bergers emmènent paître leurs troupeaux. Sur trois hectares, la société euro-africaine des eaux, une jeune entreprise immatriculée au Maroc mais dirigée par un Français, entend mettre sur pied une usine à la pointe « qui permettra de commercialiser (de l’eau) à des prix réduits sur l’ensemble du territoire ». L’objectif est de vendre à terme près de 100 millions de litres d’eau minérale par an, sur un marché marocain pour l’instant occupé par seulement deux opérateurs, la Sotherma et Holmarcom. De quoi générer, en vitesse de croisière, près de 10 millions de dirhams de taxes communales, selon Nicolas Antaki, le responsable de la société, et permettre la création de centaines d’emplois. Autant dire que les autorisations de l’Agence du bassin de l’oued Sebou pour l’exploitation de l’eau, de la province d’Ifrane pour la concession du terrain et du ministère de la Santé pour le visa d’exploitation n’ont pas été trop difficiles à obtenir.
Mais si les autorités applaudissent le projet des deux mains, la population, elle, est beaucoup plus mitigée. Menée par Moulay Ahmed Guenoun, le conseiller communal représentant la zaouia à Ben Smin, elle multiplie les initiatives pour essayer d’enrayer la machine. Plusieurs centaines de personnes (à peine 150 selon les autorités, plus de 600 d’après Moulay Ahmed Guenoun) ont ainsi manifesté sur le futur site de l’usine le 28 août dernier pour empêcher le démarrage des travaux. Opération réussie. Rebelote quelques semaines plus tard avec une nouvelle marche et un sit-in devant le siège de la commune le 11 septembre puis d’une grande walima pour se faire entendre, au pied de la source, le 17 septembre. À chaque fois le mot d’ordre est le même : obtenir l’annulation du projet. « On ne peut pas laisser les autorités faire passer leur projet en force », martèle Moulay Ahmed Guenoun. Pour Moulay Saleh Dghoughi, de l’Association des irrigants de la zaouia de Ben Smin, « l’abandon du projet est la seule option envisageable. Nous avons déjà été obligés de mettre en place un système de rotation des terres. Nous ne pouvons irriguer que la moitié de nos propriétés chaque année à cause de la sécheresse. Nous passons notre temps à gérer des conflits entre les agriculteurs à cause de ces problèmes d’eau. On ne peut pas se permettre d’en perdre une goutte de plus alors qu’une partie part déjà vers l’aérodrome d’Ifrane, l’ancien sanatorium et les colonies de vacances qui accueillent quelque 7000 enfants l’été ».
Une peur : l’exode
Dans toutes les bouches, la crainte est la même : celle de l’exode rural. « Ces dernières années, les récoltes sont mauvaises. Les gens ont essayé de se lancer dans les arbres fruitiers, mais ça ne prend pas car il n’y a pas assez d’eau. Les départs vers les villes vont devenir massifs si le projet est validé. Quitte à fuir une misère pour en trouver une encore plus grande », déplore Ali Tahiri, le responsable de l’Association de gestion des terres collectives de la zaouia.
Ce tableau noir à souhait laisse pourtant de marbre les autorités et le promoteur du projet. Pour eux, les craintes de la population ne sont absolument pas justifiées. « Si nous avions eu le moindre doute sur l’impact négatif que l’exploitation de la source pourrait avoir sur l’activité des gens, nous n’aurions pas donné notre accord », assure ainsi Ahmed Belkhiri, le directeur de l’Agence de bassin de l’oued Sebou. On a donné l’autorisation d’exploiter 3 litres d’eau par seconde. C’est peu par rapport au débit de la source. Sur ces 50 dernières années, son débit moyen était de 80 litres par secondes avec des minima supérieurs à 20 litres. Légalement, la population n’a des droits d’eau que sur les 40 % du volume produit par la source. L’eau exploitée par l’entreprise sera puisée sur les 60 % restant qui appartiennent à l’Etat ». Même vision optimiste du côté de Saïd Mamouni, président de la commune de Ben Smin, qui a donné l’autorisation de construire l’usine et qui voit le projet comme « une occasion historique ». Pour lui, non seulement les réserves en eau de la source sont suffisantes, mais elles sont même pour l’instant amplement gaspillées par les agriculteurs. « Les installations sont très vétustes, l’eau ruisselle à ciel ouvert. Forcément, il y a beaucoup de déperdition via l’évaporation. Mettre en place une vraie installation pourrait permettre d’avoir de l’eau pour tout le monde », promet-il.
En attendant, Nicolas Antaki, le promoteur, lui, ronge son frein. Fort de ses autorisations, il martèle qu’il a la loi avec lui, quitte à faire fi d’une opposition de la population qu’il minimise. « Les agriculteurs qui manifestent sont des personnes peu cultivées que les leaders de la protestation manipulent. Leurs revendications n’ont aucune base solide. Moi, je suis passé par toutes les étapes administratives pendant quatre ans, je suis parfaitement dans la légalité ». Et de menacer, toujours aussi inflexible, que s’il « fait preuve pour l’instant de beaucoup de patience, il peut parfaitement reprendre les travaux de construction de l’usine dès aujourd’hui ». Pas sûr que les habitants de la zaouia l’entendent de cette oreille.
Amélie Amilhau
Septembre 2007
Les habitants du villa Ben S’mim au Moyen Atlas sont de nouveau menacées dans leurs eaux
La société privée française qui a obtenu ’’les droits’’ du gouvernement marocain sur une partie des eaux de la source du village est de nouveau passée à l’attaque, avec tracks et matériels de construction, pour entamer le projet d’embouteillage
Cela a repris lundi 10 septembre, et depuis la population est assaillie par les autorités pour cesser son opposition au projet
Merci de réagir par tout moyen que vous jegerez nécessaire pour lui venir en soutien
Amicalement
Mehdi Lahlou
Président d’ACME-Maroc
Photos de la manifestation et pétition sur le blog d’ACME

Mai 2008
Chers amis,
Les travaux pour la mise en bouteille des eaux de Ben S’mim ont été arrêtés ce matin, très probablement pour toujours
En attendant que cela soit confirmé officiellement, voici le programme de notre Fête de l’Eau, devenue aussi Fête de Ben S’mim
Amicalement
Mehdi Lahlou
Association pour le Contrat Mondial de l’Eau – Maroc
ACME-Maroc
Fête de l’Eau « L’eau, droit humain »
(Avec le soutien de la Fondation Friedrich Ebert)
Ifrane – Samedi 17 et Dimanche 18 mai 2008
Programme
Samedi 17 mai
14h - 15h : Accueil des participants
15h - 15 h 15 : Mot de bienvenue et présentation du programme des deux journées
15h 15 - 15 h 45 : Communication portant sur les différents dossiers (Ben S’mim, Lydec, Eau et développement durable, etc…) dans lesquels ACME – Maroc est impliquée. Bureau national D’ACME
15h 45 - 16h30 : Discussion
16h30 - 17h : Pause - café
17h - 17h45 : Communication de Larbi Bouguerra (ancien président de l’Université de Tunis) : La question de l’eau en Méditerranée
17h45 - 19h : Discussion
20h : Dîner sur place
Après 21H, soirée animées par des troupes folkloriques du Moyen Atlas et le club Al Ghosn Al akhdar de Oued Zem
Dimanche 18 mai
9h - 10h30 : Conférences de sensibilisation sur la question de l’eau, et discussion
10h30 - 11H : Pause – café
Activités ludiques et animations (avec des écoliers, collégiens et lycéens de la Province )
13h - 14h30 : Déjeuner sur place. Suivi de
Remise de trophées aux participants
Discours de clôture des deux journées
Fin des journées vers 17h30 - 18H
NB : une exposition de tableaux et un atelier d’art plastique seront ouverts pour tous les participants

