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Menaces sur l’Elorn.

jeudi 8 avril 2021, par Gérard Borvon

courrier de l’AAPPMA au président du syndicat de bassin et de la CLE

Monsieur le Président,

Vous avez du apprendre que les ex abattoirs GAD sont repris par la COOPERL(1). Bien entendu tout le monde ne peut que se réjouir des futures créations d’emplois à LAMPAUL.

Aviez vous l’info ? Des études ont elles été menées s’agissant du traitement des rejets ? On nous annonce d’abord une partie frigo. Je ne doute pas que toutes les parties prenantes seront extrêmement vigilantes s’agissant de l’épuration des rejets car on peut être assuré du dynamisme de cette entreprise pour développer à fond ce futur abattoir. Futurs rejets "épurés" qui vont s’additionner à ceux de la STEP de landi (voir rejets de la "laiterie").

Cette fois encore profitera-t-on du "salutaire" soutien d’étiage du lac pour diluer les rejets et booster la production ?

Nous nous interrogeons sur le fait que dans cette région et particulièrement sur ce bassin versant, on crée essentiellement des emplois axés sur la production de masse avec les conséquences, pourtant prévisibles pour la qualité des eaux, en amont d’une unité de pompage et de traitement qui alimente le tiers de la population départementale.

On voudrait flinguer l’ELORN des sources à la mer que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Entre l’artificialisation du secteur de LANDI, la "laiterie" qui va déverser ses effluents dans la STEP, la méthanisation au DRENNEC et maintenant un abattoir à LAMPAUL, les "petites" pollutions récurrentes du Lapig (voir cette semaine), etc, etc... La coupe est pleine et va inévitablement déborder.

Oui "l’affaire est entendue" car nous avons trop d’expérience pour avoir le moindre doute sur le fait que la protection de la qualité de l’eau et de l’environnement passera au second plan comme c’est le cas déjà avec le lamentable dossier TOURMEL. Il n’y a hélas aucune raison pour que "ça change" car tous ceux qui à la CLE oseront émettre un avis négatif ou réservé seront qualifiés par quelques uns, d’irresponsables, d’affreux écolos, d’adeptes de l’agribashing... voir pire.(2)

Au delà des discours et des belles déclarations , un constat s’impose désormais jour après jour, il n’y a en réalité aucune politique de l’eau digne de ce nom dans ce pays, y compris sur l’ELORN fontaine de plus de 3OO OOO finistériens.

Petite parenthèse ; dimanche je suis passé près de l’exploitation MARCHALL à SIZUN, lequel a transformé le secteur en open field ces dernières semaines. Que des bonnes nouvelles du côté du bocage. Avec Breizh bocage on additionne les mètres de talus créés mais j’insiste une nouvelle fois sur le fait qu’il faudrait faire un réel bilan en prenant en compte les linéaires qui continuent à tomber toutes les semaines (notamment dans le secteur de COMMANA et de SIZUN et... ailleurs)

J’oubliais : bientôt 4 Hectares 1/2 de terrain artificialisés aux sources du Morbic, à la frontière du périmètre de protection de PONT AR BLED. Encore une bonne nouvelle ! Il est vrai que c’est au nom du développement de l’énergie verte.

Ce soir je suis écoeuré. Le dossier TOURMEL était déjà très dur à encaisser mais l’avalanche des dégradations du moment achève mes derniers espoirs de voir reconquérir la qualité des eaux (sur l’ELORN et ailleurs) et très franchement je me demande si le SAGE ELORN a encore un quelconque intérêt ou plus exactement une quelconque signification car à poursuivre dans cette voie j’ai la désagréable impression que "l’on amuse la galerie".

Comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, le lobby productiviste impose sa loi, du niveau local au niveau régional et bien au delà, sans compter la poursuite de l’artificialisation du bassin versant, le crédo de beaucoup de décideurs...

Bref, les impératifs de protection de l’eau, de la biodiversité, de la santé même, passent clairement au second plan.

Je n’accuse pas le syndicat de bassin car les responsabilités sont évidemment partagées (voir notre contribution écrite sur le sujet).

Toute la question est de savoir si les décideurs en charge du difficile dossier de l’eau, face à de tels défis, sont prêts à prendre leurs responsabilités, à commencer par le niveau local. Si tel ne devait pas être le cas il est permis de s’interroger encore une fois sur la cohérence et l’intérêt des SAGE et "autres SDAGE" et pour notre part nous serons inévitablement amenés à en tirer les conséquences.

Bien entendu, il ne manquera pas de voix pour dénoncer nos positions" anti économiques", à ceux là nous signalons le point d’orgue de cette charmante journée du 2 avril ; je vous annonce une très forte pollution de la PENZE à TAULE. Des dizaines, sans doute + de M3 de lisier dans la rivière et l’estuaire. Bien entendu c’est encore un malheureux accident. Le malheureux éleveur est sûrement désolé.

Nous devons avoisiner les 5O pollutions au lisier au cours de ces 4 dernières années dans le département. Je ne sais pas ce que vous pensez de ces catastrophes à répétition. Ce que nous constatons hélas au cours de certaines réunions, pour certains décideurs, le problème ce n’est pas la pollution mais bien davantage ceux qui la dénoncent (2) ! Que l’on en arrive à minorer ces graves pollutions à répétition en dit long sur l’état d’esprit de certains décideurs et sur leur volonté de prendre réellement en compte l’enjeu de la reconquête de la qualité des eaux, y compris au plan économique (voir entre autre la problématique estuaire, production de coquillages, marées vertes, etc...)

Nul doute donc que dans cette nouvelle pollution de la PENZE les tenants du modèle agricole dominant ne manqueront pas, encore une fois, de nous parler de pollution accidentelle.

Comme nous ne cessons de l’annoncer depuis de nombreuses années, de nombreux élevages, pourtant au top de la technologie, sont de véritables bombes à retardement. C’est le début d’une longue série, pas un mois ne se passe dans le 29 sans pollution agricole massive et le pire est à venir du fait du vieillissement des installations.

A quand la prochaine "pollution accidentelle" sur l’ELORN ou la MIGNONNE ?

Face à ces catastrophes à répétition, passées et à venir, Les associations, les femmes et les hommes de bonne volonté devront ils aller seuls au front ? Faudra-t-il que nous radicalisions la lutte ? La lutte pour la protection de la ressource en eau va-t-elle se transformer en guerre de tranchées ?

En vous souhaitons courage dans votre mission à la présidence du syndicat de bassin et de la CLE,

Cordialement

Le président de l’AAPPMA ELORN Jean Yves Kermarrec


voir :

CATASTROPHE SUR LA BASSE PENZE