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Make our planet great again.

Les faux-culs et le climat.

vendredi 11 octobre 2019, par Gérard Borvon

1er juin 2017. Il fallait une phrase au nouveau président de la république pour marquer le premier mois de son quinquennat. Donald Trump, en décidant de quitter l’accord de Paris, l’a soufflée à Emmanuel Macron : "Make our planet great again". Et pour bien marquer la portée du défi adressé au président de la première puissance mondiale, la déclaration était assortie d’un appel à la résistance, inspiré de celui de Londres du 18 juin 1940, invitant les chercheurs, les enseignants, les entrepreneurs, les associations, les O.N.G, les étudiants et toute la société civile américaine, à se mobiliser et à rejoindre la France, leur nouvelle patrie, pour mener la lutte contre le réchauffement climatique.

Bonn, COP23, 15 novembre 2017.

Après la défection des USA, la COP23, qui allait se tenir à Bonn, allait être une nouvelle occasion, pour le président français, de peaufiner son image. Le discours du nouveau champion du climat y est attendu. Après l’inévitable introduction sur le seuil de l’irréversible déjà franchi, sur les événements climatiques qui s’intensifient et se multiplient, sur les équilibres de la planète prêts à rompre, sur le réchauffement des océans, la disparition de nombreuses espèces menacées, vient le moment de rappeler l’accord de Paris et les responsabilités que prendraient celles et ceux qui ne s’y tiendraient pas, en particulier vis à vis des peuples les plus menacés. Alors que l’objectif de l’accord est de se limiter à 1,5 degré d’augmentation de la température en 2100, chacun peut constater que les engagements actuels des états amèneraient cette augmentation à plus de 3 degrés. Si nous continuons comme nous le faisons aujourd’hui, déclare Emmanuel Macron, "cela veut dire que nous acceptons tacitement, collectivement ici la disparition d’un bon nombre des populations ici représentées. Qu’à horizon 2100 nous acceptons aujourd’hui tacitement que nombre de peuples qui sont là représentés disparaîtront. Nous n’y sommes pas prêts."

Toujours la même obsession : La France modèle !

"Pour ce qui relève de la France, nous devons accélérer cette transformation avec une obsession, celle de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, nous nous sommes engagés durant les derniers mois - et ce fut l’engagement ferme au sein de mon gouvernement du ministre d’État Nicolas Hulot – nous nous sommes engagés clairement pour une sortie de la production des énergies fossiles et une vraie transformation de notre modèle de production.

Ainsi la France a-t-elle décidé la fermeture de toutes les centrales à charbon d’ici la fin de l’année 2021, l’absence de toute construction de nouvelles centrales thermiques, et surtout à travers un projet de loi hydrocarbure voté à l’Assemblée nationale et qui sera parachevé dans les prochaines semaines, l’interdiction de tout nouveau permis d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures dans notre pays.

C’est la première fois qu’un pays développé décide pour son propre territoire d’une telle politique ; nous l’assumons parce que c’est celle qui est indispensable pour être au rendez-vous du climat et de la transition que nous avons actée."

Un obsession, réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? Le premier bilan fait sur l’application de l’accord de Paris par le ministère de Nicolas Hulot montrait que, dès 2016, la France avait dépassé de 3,6% ses objectifs. Les transports et l’agriculture étaient les principaux responsables de cette augmentation et, connaissant le poids des lobbies dans ces secteurs, rien ne semblait indiquer que la tendance allait s’inverser.

Sortir de la production des énergies fossiles ? En octobre 2018, le préfet de Guyane signait un arrêté autorisant Total à mener des travaux d’exploration dans les eaux territoriales de Guyane. Difficile d’imaginer que le gouvernement n’avait pas donné un feu vert.

Limiter l’importation d’énergies fossiles ? La France qui a interdit l’exploitation du gaz de schiste sur son territoire a commencé à en importer massivement et en toute discrétion des USA depuis fin 2018. Pendant que Total, le fleuron français, se prépare à exploiter un vaste gisement de gaz de schiste en Argentine.

Ne plus construire de centrale thermique ? Les habitants de la commune de Landivisiau en Bretagne ont retenu la phrase et pourtant c’est bien contre un projet de construction d’une centrale électrique à gaz de 450Mw, par Total-Direct Énergie, qu’ils se battent depuis déjà plus de sept ans. Nous en reparlerons.

En parler plus pour en faire moins.

La liste serait trop longue des interventions et décisions de Emmanuel macron destinées à soigner l’image de "champion de la Terre" qui lui a été décernée par l’ONU après ce "One Planet sumnit" tenu à Paris en décembre 2017 et dont plus personne ne se souvient des résultats. A commencer par ce long débat pour anesthésier la crise des "gilets jaunes".

Nous voilà en guerre ? Trois jours avant les élections européennes, on découvre la création d’un "conseil de défense écologique" qui devrait réunir le Premier ministre, les principaux ministres et les grands opérateurs de l’État. Avec en première ligne le président lui-même. Le Conseil aura pour mission de définir les orientations en matière de transition écologique, "et notamment de lutte contre le changement climatique, de préservation de la biodiversité et de protection des milieux et ressources naturels" . Et alors ? Quoi de neuf ? N’est-ce pas déjà le rôle du conseil des ministres. Celui en charge de l’écologie n’y est-il pas ministre d’État ?

Nouvelle annonce : une "conférence citoyenne sur le climat". 150 citoyennes et citoyens tirés au sort et qui "auront pour mission de proposer une série de mesures pour lutter contre le réchauffement climatique". Encore une excellente façon de détourner l’attention. Elle va occuper les médias pendant plusieurs mois. Les simples commentaires sur la méthode du tirage au sort, suivis du trombinoscope des sélectionnés, vaudront des pages dans la presse et des heures à la télévision. Il est certain que les députées et députés qui constituent l’actuelle majorité, et dont ce serait le rôle, n’ont pas fait la preuve de leur capacité à se saisir du problème mais qui peut penser que de la réunion des "150" sortira le nouveau serment du jeu de paume annonçant une future révolution climatique.

Et voilà qu’arrive, en supplément, un "Haut Conseil pour le Climat". Cette fois les membres qui le composent sont reconnus pour leur compétence et leur engagement. La présidente, la climatologue Corinne Le Quéré professeure de sciences du changement climatique à l’université de East Anglia, est considérée comme une référence internationale. On y note également Valérie Masson-Delmotte coprésidente du groupe n°1 du GIEC citée par la revue scientifique Nature parmi les dix personnalités qui ont le plus compté en 2018. Manifestement leur parole est libre et leur premier rapport, qui a été remis au gouvernement en juin 2019, devrait amener notre président à plus d’humilité quant il rappelle l’accord de Paris dans les conférences internationales.

Urgence climatique : la France en retard sur ses objectifs.

Les émissions liées aux transports n’ont pas diminué depuis 10 ans et les émissions provenant des bâtiments ont diminué trois fois moins vite que ce qui avait été anticipé. Résultat : La baisse annuelle des émissions de 1,1% sur cette période est près de deux fois moindre que l’objectif fixé. Ce rythme devra tripler d’ici 2025 si la France veut respecter ses engagements de neutralité carbone.

Le titre du rapport est sans ambiguïté : " Agir en cohérence avec les ambitions". Quant au sous-titre, il résume l’ensemble du constat : "Urgence climatique : la France en retard sur ses objectifs". "L’urgence imposée par la crise climatique demande d’agir vite et en profondeur", déclare Corinne Le Quéré, la présidente. "Les engagements de la France sont ambitieux, mais, au rythme actuel de mise en œuvre, ils ont peu de chance d’être tenus. Tant que l’action en réponse au changement climatique restera à la périphérie des politiques publiques, la France n’aura aucune chance d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour cela, il faut que les mesures pour réduire les émissions deviennent une priorité nationale, et qu’elles entrent au cœur des décisions des acteurs publics et privés."

Parmi les recommandations du rapport : "Plus de cohérence dans l’action. Utiliser plus vigoureusement les instruments des politiques climatiques : taxes, quotas, normes, subventions. Le bas-carbone, c’est une exigence d’efficacité, de transparence, et de justice. Agir en profondeur dès maintenant. Les efforts marginaux sont insuffisants. La neutralité carbone, c’est des réformes structurelles dans tous les secteurs (transports, énergie, bâtiments, agriculture, et aussi éducation/formation)."

Et pourtant, dans le même temps, Emmanuel macron est au G20 à Osaka et il ose encore s’y afficher comme le défenseur résolu d’un accord de Paris auquel plus personne ne croit : " Il y a beaucoup de gens maintenant qui ne veulent plus signer des communiqués en G7 ou en G20 parce qu’il y a des lignes rouges, déclare-t-il. Moi, j’en ai une : si on ne parle pas de l’accord de Paris et si pour se mettre d’accord dans une salle à vingt on n’est plus capables de défendre l’ambition climatique, ce sera sans la France. C’est simple ".

Piètre résultat de cette colère simulée, le communiqué final signé à 19, sans les USA, fait simplement mention de "l’irréversibilité" de l’accord. Ce qui à l’évidence n’engage plus personne, et en premier lieu son principal promoteur. Celui-ci ne manquera pas pourtant de se faire gloire de cette "victoire". Un an plus tôt, Nicolas Hulot, déclarant ne plus vouloir se mentir, avait démissionné en grand fracas du gouvernement. C’est certain, il n’avait pas compris que le mensonge diplomatique est le b.a.ba du discours politique.