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NDDL. Raz le bol des gendarmes.

mardi 17 avril 2018, par Gérard Borvon

Lu sur le site de l’association Gendarmes et Citoyens

Comme à Plogoff il y a 40 ans, les gendarmes se demandent ce qu’ils font là !

Gendarmes mobiles contre immobilisme politique ! Combien de temps encore ??

Ce que l’on redoutait depuis l’annonce par le premier ministre de l’abandon du projet de NDDL est en train de se produire. Un enlisement désastreux en terme d’image, de l’expulsion et de la destruction des abris de fortune des occupants illégaux d’un territoire abandonné par les gouvernements successifs depuis de nombreuses années.

Le ton martial qui fut employé lors des différentes interventions médiatiques de la part des ministres en charge de ce dossier semblait présager d’une volonté ferme de faire appliquer le droit en matière d’urbanisme. Voulant certainement faire montre de bonne volonté, le gouvernement a programmé le début des opérations et proposé le dépôt des candidatures de projet alternatif agricole et écologique par les opposants à la construction de l’aéroport. Les forces de gendarmerie ont été calibrées pour répondre à la demande expresse du politique pour enfin exécuter les décisions de justice et détruire les constructions illégales qui avaient été érigées anarchiquement par des « amoureux de la nature ». Le décor ainsi planté devait permettre aux décideurs de « faire ce qu’ils avaient dit ». C’était sans compter sur l’extrême détermination des marginaux de Notre Dame des Landes à ne pas quitter un lieu qu’ils avaient unilatéralement décidé de s’approprier. D’une opération bon enfant d’accompagnement d’engins de chantier pour faire exécuter les « déconstructions » (détruire des fatras de bois et de plastique se dit maintenant déconstruction) comment en est on arrivé à une guérilla rurale qui s’annonce de plus en plus délicate physiquement et moralement pour les gendarmes engagés sur place.

Maintenir l’ordre ou le rétablir, lorsque les objectifs sont clairs, la gendarmerie sait faire. C’est plus compliqué quand les consignes sont manifestement de réaliser de telles opérations sans entrer en contact avec ceux qui n’ont aucun respect pour l’état de droit. C’est ce qu’il se produit en ce moment. Les forces de l’ordre sont par essence destinées à garantir l’ordre et la sécurité de nos concitoyens. La gendarmerie est un outil charpenté de savoir faire et de professionnalisme reconnus. Mais cet outil est également composé d’hommes et de femmes. Quand ils ont le sentiment d’être considérés comme de la chair à canons artisanaux, qu’ils sont une variable d’ajustement à la communication de politiques et qu’ils subissent sans véritable soutien des choix qui mettent leur intégrité physique en danger de mort, ils ne comprennent pas qu’ils puissent être exposés de cette manière à la violence de quelques-uns. Et quand un militaire commence à réfléchir à la pertinence de son engagement dans une mission ambiguë sur le résultat à atteindre, il s’approche dangereusement vers une forme de désobéissance passive. Après Sivens, ces mêmes politiques qui donnent chaque jour des leçons de fermeté, ont retiré les grenades offensives qui permettaient de se dégager rapidement d’une situation dangereuse. Il faut être véritablement inconséquent pour imaginer que des individus belliqueux, rompus à toutes formes de transgressions, se contentent de répondre à quelques lacrymogènes par des gestes de tendresse. Non, parce qu’ils sont déterminés à agresser de manière violente, brutale, définitive ceux qui représentent le symbole de l’état.

Les politiques ne connaissent apparemment pas le sens du mot autorité. On a bien compris que la gendarmerie avait reçu l’ordre de verrouiller la communication en externe, comme en interne, dès le début de cette opération, mais les questions commencent à remonter à la surface. Une semaine après le déclenchement des manœuvres, il est peut-être temps de résumer l’état d’esprit de ceux qui servent le droit et la justice. Pourquoi les gendarmes en nombre n’ont-ils pas reçu l’ordre d’interpeller toutes les personnes présentes dans les squats ? Pourquoi n’ont-ils pas donné l’ordre de les remettre à un O.P.J. et de les faire traduire devant une juridiction ?

Pourquoi, alors que les renforts de belliqueux arrivaient en masse sur la zone, n’ont-ils pas reçu l’ordre de répondre à la violence par la fermeté ? Pourquoi n’ont-ils pas reçu l’ordre de démanteler toute nouvelle barricade sur les différentes routes ? Pourquoi les laisse-t-on dans la boue, le froid et le dénuement, des périodes horaires extrêmement longues pour n’opposer aucune résistance à ceux qui les agressent ?

La liste des interrogations n’est pas exhaustive et beaucoup de gendarmes mobiles sur place en ont ras le casque de cette démission du politique qui ne veut pas en dire le nom. Ils sont suffisamment nombreux, si l’ordre leur était enfin donné, de mettre un terme irrémédiablement à toutes les agressions dont ils font les frais par un manque de courage de la part de ceux qui se gargarisent sur les plateaux de télévision ou devant un micro de radio, d’être fermes. Un rappel en direction de ceux qui gouvernent s’impose. On n’est pas ferme quand on envoie au casse-pipe des gendarmes en leur intimant l’ordre d’être bienveillants avec les « porteurs de projets alternatifs agricoles et écologiques ». On n’est pas ferme quand la représentante de l’Etat annonce en conférence de presse, quelques jours seulement après le début de l’intervention, que le but des « déconstructions » étant atteint, elle mettait un terme aux évacuations. On n’est pas ferme quand on laisse tendre des embuscades aux gendarmes. On n’est pas ferme quand on ne commande pas d’être … fermes avec ceux qui sont hors-la-loi. Il est grand temps que ceux qui président à la gestion d’un pays démocratique et républicain fassent respecter les lois qu’ils ont eux-mêmes élaborées et votées. Qu’ils s’inspirent du geste des nombreuses victimes que compte la gendarmerie chaque année, et fassent enfin preuve de courage. Qu’ils arrêtent de donner l’impression d’être des suiveurs de faits divers et qu’ils assument les responsabilités de leur charge. Peut-on espérer que leurs décisions ne soient plus dictées par l’opinion de quelques-uns et que ceux qui servent la Nation soient au moins considérés sur le même plan que ceux qui sont entrés en sédition dans une zone où il n’y a plus aucune raison de demeurer sauf à vouloir morceler une partie de la France. La reconnaissance de ces hommes politiques ne doit plus se limiter à la remise de quelques médailles aux blessés ou à des obsèques nationales qui, au final, ne coûtent pas chères à leur portefeuille compassionnel.

Qu’ils prennent garde à la montée d’une grogne légitime de la part de ceux que l’on presse à l’envi et qui ne réclament qu’une seule chose, faire le travail pour lequel ils sont entrés au service du pays, faire respecter les lois et les règlements et protéger les honnêtes gens.

La défiance qui commence à s’exprimer sourdement dans les rangs des forces de l’ordre doit les conduire rapidement à commander les actes après les logorrhées de ces derniers jours.