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LGV Ouest. Pourquoi ? Pour qui ?

samedi 3 février 2018, par Gérard Borvon

Cet article écrit en 2009 et publié en courrier des lecteurs dans le journal Ouest-France est toujours d’actualité au moment où les élu(e)s du Finistère nous refont le coup de "l’union sacrée".

"Union sacrée autour du rail" pouvait-on lire dans la presse après la signature en grandes pompes, fin mai 2008, de l’engagement de la région Bretagne pour 1,1 milliards dans le programme "Bretagne à Grande Vitesse".

Plus question ni de droite ni de gauche, oubliées les querelles et les surenchères, chacun y va de sa tirade enthousiaste. Qui oserait encore critiquer ?

Pourtant osons.

Le thème de l’amélioration des liaisons ferroviaires avait déjà fait l’objet d’un débat public à l’occasion des élections régionales de 1998. Un seul mot d’ordre pour tous : la priorité à un "vrai TGV" entre Brest et Rennes ! Seul terme du débat : fallait-il le faire en "site propre", comme le demandaient la plupart des listes (ce qui nécessiterait de traverser une bonne quantité de zones industrielles ainsi que de nombreux espaces protégés), ou utiliser un "train pendulaire" utilisant les voies actuelles comme le demandaient les écologistes.

Aux régionales 2004 l’état d’esprit avait évolué et l’idée du train pendulaire avait fait son chemin. Il était à présent dans presque tous les programmes avec toujours la même priorité : avant de rapprocher encore Rennes de Paris, il fallait rapprocher Brest et Quimper de Rennes et Nantes.

Donc, dix ans plus tard, en ce mois de mai 2008, toute la Bretagne politique, de Rennes jusqu’à Brest ou Quimper, est à nouveau réunie autour du TGV.

Regardons de plus près.

Première annonce : fini le train pendulaire qui aurait rapproché Brest de Rennes. Trop cher dit-on ! En échange on aménagera certains secteurs, on relèvera certaines courbes, on supprimera certains passages à niveau, on améliorera certaines traversées de gare avec promesse de gagner un petit quart d’heure entre Rennes et Brest.

Deuxième annonce : la priorité devient la liaison Rennes-Paris, ce qu’illustre le budget régional de l’opération : 896 millions pour la liaison Le Mans-Rennes contre 214,4 millions pour Rennes-Brest et Rennes-Quimper confondus !

Que font les élus de l’Ouest breton ? Ils protestent ? Ils s’insurgent ? Ils se révoltent ? Ils appellent à la mobilisation générale ? Non : ils signent !

Par contre côté Rennais on a le triomphe discret. On était à deux heures de Montparnasse, on en sera à 1h24 ! Mieux que beaucoup de "parisiens" habitant en banlieue. Et Rennes va encore drainer un peu plus l’essentiel de l’activité bretonne !

Est-il si important d’investir des milliards pour gagner cette 1/2 heure ? Rennes est une merveilleuse ville universitaire et culturelle qui mérite d’être un pôle régional. Encore faut-il que les élus comprennent la responsabilité qu’ils prennent en choisissant de favoriser son lien avec Paris plutôt qu’avec l’ensemble du territoire breton.

N’y a-t-il pas mieux à faire avec ces 1,1 milliards d’investissement régional ?

Aménager et développer les lignes internes à la Bretagne et en particulier les liaisons transversales comme Brest-Quimper, développer la fréquence des liaisons TER, réactiver les petites gares délaissées, adapter les rames à la bicyclette afin que le rail devienne le moyen de transport le plus quotidien pour les courts trajets. Et tant de choses encore pour mieux vivre les déplacements en Bretagne ou pour lutter contre les pollutions qui asphyxient notre région ou encore pour encourager les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables.

A relever aussi dans cette opération : le recours au "Partenariat Public Privé". Cette privatisation à la française qui gagne l’ensemble de nos services publics (eau, assainissement, traitement des déchets, transports publics…) et qui consiste à faire payer les infrastructures au public et à abandonner la gestion du service au privé, moyennant de juteux bénéfices pour celui-ci.

Ne serait-il pas sage de revoir sérieusement l’ensemble de ce projet à la fois dans son objectif et dans son mode de gestion ?

Gérard Borvon
Landerneau le 01.08.09