Accueil > Plogoff. Mémoire d’une lutte contre le nucléaire. > Discours des CLIN à la manifestation de la baie des trépassés.

Discours des CLIN à la manifestation de la baie des trépassés.

samedi 6 mai 2017, par Gérard Borvon

Nous étions 100 000 rassemblés à la Baie des Trépassés pour cette fête des 24 et 25 mai 1980.

Une fête après l’épreuve de l’enquête publique et de l’occupation de Plogoff par les forces armées et l’épopée des "Pierres contre les Fusils".

L’occasion aussi de renforcer les liens avec la lutte du Larzac.

Le discours des CLIN lu par un représentant du CLIN de Landerneau était un appel à la poursuite de la mobilisation.

Le mouvement anti-nucléaire trouve aujourd’hui, dans ce rassemblement de la Pentecôte, sa plus forte expression depuis que le démentiel programme électro-nucléaire français a été lancé.

Vous êtes aujourd’hui par milliers, par dizaines de milliers, ici à Plogoff à dire : "Non, nous n’en voulons pas de vos mégawatts nucléaires", à crier : "Nous refusons vos centrales de mort, votre surveillance policière, vos stocks de déchets indestructibles"

La Coordination anti-nucléaire de Bretagne salue tous ceux qui, des quatre coins du pays, de tous les horizons d’Europe ont rejoint aujourd’hui le site de la Pointe du raz, porteurs de l’espérance de la vie. Vous êtes venus pour protester contre l’envahissement technocratique appuyé par l’appareil policier

Les gouvernants français et EDF font le forcing depuis 1974 pour imposer une technologie qui satisfait leur appétit de pouvoir. Leurs choix répétés depuis le lancement du programme Messmer ( 200 centrales en l’an 2000 ) confortent les groupes industriels du nucléaire, nouvelle aristocratie du libéralisme avancé.

La C.G.E, Empain Schneider, Alsthom Atlantique, Creusot-Loire et la Gogema se partagent le gâteau qui va de l’extraction du minerai au traitement des déchets en passant par la fabrication des cuves géantes, des alternateurs. Le meilleur de notre industrie, l’essentiel de l’effort financier va à la fabrication des composants de l’industrie nucléaire quand des pans entiers de notre économie s’écroulent pour n’avoir pas été modernisés assez tôt.

L’industrie nucléaire ne crée pas d’emplois. Elle en supprime par les choix financiers qu’elle implique. Les centaines de milliards investis dans le nucléaire ne le seront pas dans le textile, dans la sidérurgie, dans l’électronique sans parler bien sûr du développement des autres sources d’énergie.

Face à cet énorme mensonge du pouvoir en place, les citoyens comprennent. On nous berne au nom de l’emploi, on nous berne au nom de la crise de l’énergie, on nous berne sur les sécurités, on nus berne sur les risques, on nous berne sur les lendemains qui chantent du retraitement des déchets.

Vous le savez, le nucléaire est dangereux.

Harrisburg : à une heure près selonun rapport officiel américain, c’était la fusion du cœur. Que nous réservent demain les centrales vieillissantes ? Quelles profondeurs auront les fissures de ravelines dans 5 ans ? Monsieur le député De Bennetot, comment osez-vous dire au Conseil Général du Finistère : "Une usine nucléaire est moins dangereuse qu’une fabrique de chapelets" ?

Apprentis-sorciers du nucléaire qui nous accusez d’obscurantisme et de retour à la bougie, regardez les SEVESO d’hier et les Niagara Falls d’aujourd’hui et dites-nous qui est responsable ?

Apprentis-sorciers spécialistes qui méprisez tout ce qui n’est pas vos techniques et vos gadgets, niez-vous l’explosion du surrégénérateur de CHEVCHENKO en U.R.S.S en 1973, niez-vous la pollution radioactive de la pointe de la Hague par la rupture des émissaires en mer ? Niez-vous que dans l’accident extrême de mercredi dernier à la Hague, 400g de plutonium aient été refoulés dans les caves de l’usine ?

Apprentis-sorciers spécialistes du cocorico nucléaire, ne voyez-vous pas que vous êtes les seuls à prendre les risques du retraitement des déchets en les collectant dans toute l’Europe et au Japon ?

Ce programme suicidaire, qui le conteste ?

Les partis majoritaires le soutiennent, nous le savons et nous les combattons. Mais que dire des deux grands partis de l’opposition dont l’un approuve le développement de l’électro-nucléaire et réclame des surrégénérateurs, et l’autre se résigne à l’acceptation des tranches mises en chantier ?

Alors, personne ne le conteste ?

Et vous, par dizaines de milliers, qui êtes-vous, d’où venez-vous ? Vous êtes là avec ceux de Golfech et ceux de Braud, ceux de Flamanville et ceux du Cruas, ceux du pellerin et ceux de Malville et ceux de Plogoff.

Vous savez qu’un peu de nucléaire au loin, dans les brumes perdues de l’Océan, c’est beaucoup de policiers, c’est beaucoup de militaires, c’est beaucoup de pouvoir patronal, c’est beaucoup de chômage dans les grandes cités industrielles.

Notre lutte est à l’image de celle des LIP, aujourd’hui avec nous, elles est à l’image de celle du LARZAC défi de avid au Goliath en kaki. Nous savons ce qui a été fait à la Hague et nous y serons bientôt les 28 et 29 juin. Nous savons les luttes de Fessenheim, de Golfech et maintenant de Chooz. Nous étions à Malville, nous étions au Pellerin. Plogoff est le dernier éclat de cette réaction en chaîne.

Pendant l’enquête, les gens de Plogoff ont entraîné derrière eux des milliers de bretons parce que, bien avant, il y avait eu Erdeven et Ploumoguer, deux autres sites convoités par EDF. Il y avait eu le Pellerin. Et il y avait eu l’Amocco Cadiz, goutte de pétrole qui a fait déborder la colère. "Mazoutés aujourd’hui, radioactifs demain" version 78 ; "CRS au mazout" version 80.

Notre lutte, votre lutte, a un poids politique.

Non pas qu’à l’approche d’élections il faille nous compter. Le mouvement anti-nucléaire qui n’est chapeauté par aucun parti, ne le sera pas plus par aucun candidat. Ce que nous affirmons c’est qu’il faut convaincre une majorité d’hommes et de femmes de ce pays, que l’on peut, que l’on doit vivre sans nucléaire, que la fuite en avant dans la consommation c’est demain, comme aux USA, 50 000 dépôts d’ordures chimiques ou radioactives qui sèmeront la mort.

Il faudra convaincre que les pouvoirs en place ne se résigneront pas à l’abandon du nucléaire tant qu’il est pour eux un gage de puissance et de profits.

- Informer sur le péril nucléaire.
- Informer sur les alternatives énergétiques (à l’aide du Projet Alter notamment).
- Faire obstruction à EDF par le fractionnement des paiements d’électricté.
- Mobiliser sur le terrain là où le pouvoir attaque, en particulier à la Hague les 28 et 29 juin.
- Dénoncer la répression sous toutes ses formes, il y a trois emprisonnés encore aujourd’hui et deux camarades blessés aux yeux.

Voilà les tâches immédiates.

Il est naturel que les militants anti-nucléaires, qui ont trouvé à leurs côtés les militants écologiques, les militants du cadre de vie et de l’environnement, des sections syndicales, des militants de partis politiques se retournent vers eux et leur disent : "Il n’y a pas de monopole de la lutte anti-nucléaire. Cette lutte est la vôtre parce que c’est une lutte pour l’Homme".


Voir aussi la vidéo