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Création d’un observatoire mondial de la pollution de l’air.

mardi 28 mars 2017, par Gérard Borvon

Pour mieux cerner les liens entre les politiques publiques de lutte contre la pollution de l’air et les problématiques sanitaires, les grandes métropoles vont échanger leurs analyses et leurs bonnes pratiques.

Fondation du souffle

Réduction de la circulation, développement de transports alternatifs, péages urbains, vitesses limitées, voire interdiction des voitures… De nombreuses métropoles luttent contre la pollution de l’air, souvent chacune dans son coin, expérimentant des politiques publiques dont l’évaluation mériterait d’être partagée. C’est ce constat qui a présidé à l’élaboration par la ville de Paris de l’association Guapo (Global Urban Air Pollution Observatory), un observatoire mondial des villes sur la qualité de l’air, que la maire Anne Hidalgo a présentée au conseil de la capitale le 23 mars.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), associée au projet, la pollution de l’air tue chaque année 6,5 millions de personnes dans le monde. Sur ce nombre, plus de 3 millions meurent à cause de la pollution extérieure en ville.
Evaluer les conséquences des politiques

« Cela fait des années que l’OMS alerte sur la pollution de l’air, et il nous semble opportun de travailler étroitement avec les maires des grandes villes, c’est à ce niveau qu’il nous faut intervenir, explique Maria Neira, chargée du département de la santé publique et de l’environnement à l’OMS. La création d’un observatoire pour évaluer l’impact de chaque intervention publique sur la santé, positif ou non, est donc très utile. » Pour la responsable, il manquait en effet l’étude des effets des politiques locales sur la santé, en partant des réalités propres à chaque ville.

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Ainsi, Nairobi est d’abord confronté au problème des déchets brûlés en zone urbaine, Chicago aux pollutions causées par l’industrie, et la plupart des métropoles à la gestion de la circulation automobile. « La première étape consiste à ce que chaque ville fasse l’analyse précise des sources de contamination. Puis il faut évaluer les conséquences de chaque décision, au niveau environnemental mais aussi au niveau social, il faut des études sur le moyen et le long terme », développe Maria Neira, qui indique que l’OMS a déjà dressé un inventaire sur plus de 3 000 villes.

Des réactions immédiates, comme des restrictions de circulation ou la fermeture de voies lors d’épisodes de pollution intense, ne permettent pas toujours d’analyser précisément leurs conséquences. Il faut mener des enquêtes épidémiologiques par exemple, et pouvoir extrapoler à d’autres villes les solutions choisies.
« Polémiques alimentées par les incertitudes »

« Quand vous installez un tramway, ce n’est pas tant la réduction de la circulation automobile que vous devez viser que les conséquences sur la santé des habitants, ce qui intéresse les professionnels de santé, avance Bernard Jomier, adjoint à la santé à la mairie de Paris. On manque de données sur le lien entre les dispositifs mis en place et leurs conséquences sanitaires, d’où des polémiques alimentées par des incertitudes comme on le voit sur l’épisode de la piétonisation des voies sur berge à Paris. »

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Les grandes métropoles ont déjà l’habitude d’échanger sur les questions climatiques et environnementales. En 2006, Ken Livingstone, alors maire de Londres, créait le Cities Climate Leadership Group, le C40, qui regroupe aujourd’hui 90 grandes villes, représentant plus de 600 millions d’habitants et 25 % des émissions de gaz à effet de serre. Depuis août 2016, la maire de Paris en assure la présidence.

Mais le C40 est focalisé sur les problématiques climatiques et la lutte contre le réchauffement, parfois distinctes des questions sanitaires et environnementales. La création de Guapo recentre le débat sur ces dernières. « Par exemple, l’installation de filtres sur les chaudières à bois est utile pour lutter contre le changement climatique, mais cela dégage des particules nuisibles à l’air respiré et à la santé », illustre Elsa Martayan, chargée de la mission de préfiguration de Guapo à la mairie de Paris.

Autre exemple de divergences dans les objectifs visés : le diesel, qui avait l’avantage d’émettre moins de CO2 que les moteurs à essence, se révèle beaucoup plus nocif pour la santé quant à l’émission de particules fines.
Budget annuel autour de 450 000 euros

La création de Guapo devrait être votée lundi 27 mars par les conseillers de Paris, mais l’association ne serait lancée officiellement qu’en juin lors d’un événement international à Rotterdam. Si le lancement de l’association fédère une dizaine de villes – Paris, Rotterdam, Mexico, Abidjan, Athènes, Londres, Pékin, Tokyo et La Haye –, avec le soutien de l’OMS, de l’OCDE, de l’Agence européenne de l’environnement, les porteurs du projet espèrent être rejoints par de grandes agglomérations.

Son budget prévisionnel est envisagé autour de 450 000 euros en année pleine, dont la moitié serait fournie par les cotisations des villes adhérentes. Un conseil d’orientation et un conseil scientifique organiseront des groupes de travail sur l’ensemble des champs visés.