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Au cœur de la cible nucléaire. Une caisse au grenier.

samedi 4 février 2017, par Gérard Borvon

Janvier 2017. Dans cette période où la violence se déchaîne (guerre en Syrie, en Irak, au Mali, attentats en France...) et s’affiche chaque jour dans les médias, un groupe d’amis a souhaité parler de guerre et de paix autour d’un pot au sympathique café du "Réveil matin" à Landerneau.

Chez nous on ne parle pas de guerre sans évoquer l’arsenal militaire de Brest ou la base de sous-marins nucléaires de l’Ile Longue dans la presqu’île de Crozon. Je me suis alors souvenu de cette caisse au grenier où j’avais conservé les traces de nos combats locaux, souvenirs d’un engagement aussi ancien que total.

J’avais déjà publié sur ce site et sur le site "Plogoff, chronique d’une lutte contre le nucléaire", un article qui se voulait un premier éclairage avec un titre que je reprends pour cette rubrique : "La Bretagne au cœur de la cible nucléaire". Mais la caisse conservait bien d’autres témoins de moments déjà oubliés et certainement inconnus des jeunes générations qui, peut-être un jour, poursuivront ce combat pour une planète débarrassée de la menace nucléaire.

Et d’abord ce numéro spécial de "Nukleel ? " le journal des CLIN, les comités locaux d’information sur le nucléaire actifs dans la lutte contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff. La lutte des habitants de Plogoff et l’action des CLIN est illustrée par "Plogoff, un combat pour demain", ce livre que j’ai publié en 2005 pour les 25 ans de la lutte.

C’était après l’enquête publique, l’occupation de Plogoff par les "forces de l’ordre" et la "lutte des Pierres contre les Fusils" si bien illustrée par le film de Nicole et Félix Le Garrec. Pour nous il ne faisait aucun doute que la victoire s’annonçait et déjà nous pensions à l’après Plogoff et au combat qui, pour plusieurs d’entre nous, avait précédé celui contre le nucléaire "civil", celui pour la disparition de la menace de l’arme nucléaire qui, nous ne pouvions pas l’oublier, avait déjà frappé à Hiroshima et Nagasaki. Et c’était chez nous, en Bretagne, à l’Ile Longue dans la presqu’ile de Cozon, que se nichait le monstre. Pouvions-nous l’oublier ?

Jusqu’à une date récente, la "force de frappe" c’était l’affaire de la droite. Mais depuis 1977 la gauche a changé de camp. C’est d’abord le PC qui en devient adepte avec le rapport Kanapa et l’énergie d’un néo-converti. Le PS annonce ensuite sa conversion en 1978 et Mitterrand en fait un des thèmes de sa campagne pour les présidentielles. La lutte repose donc à présent sur les épaules de ces militants qui ont osé affronter la version "civile" du lobby nucléaire et devront à présent engager le combat contre la version militaire. Bien conscients qu’ils sont déjà depuis longtemps que les deux volets sont liés et que le nucléaire civil n’est que l’alibi "pacifique" avancé par le complexe militaro-industriel.

La revue témoignait de cette volonté d’engager un nouveau front. Elle débutait par l’historique de la militarisation de la presqu’île depuis l’époque médiévale jusqu’à ce jour du 18 février 1965 où le général De Gaulle, à Brest et en rentrant d’une visite sur le site de l’Ecole Navale à Lanvéoc Poulmic, est venu, avec sa grandiloquence habituelle, nous décrire notre futur :

"La géographie a peut-être fait de Brest un haut lieu de notre destin".

Phrase "historique" pour nous annoncer qu’une base de sous-marins nucléaires allait être construite dans la Presqu’île de Crozon à "l’Ile Longue", couplée à un entrepôt de missiles nucléaires sous la colline de Gwenvenez.

Ainsi débutait l’histoire de la base de sous-marins nucléaires de l’Ile Longue et le début de notre résistance.

A suivre....