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L’eau en France : un modèle à ne pas exporter.

jeudi 5 juin 2014, par Gérard Borvon

Invités par l’ACME Maroc aux premières "Universités de l’Eau" du Maroc organisées à Kénitra, nous y avons présenté un montage de diapositives critique sur le prétendu "modèle français" de l’eau.

Alors que plus de 90% de la gestion de l’eau dans le monde est publique, la France se distingue par sa gestion essentiellement confiée aux entreprises privées.

Eau privée = eau chère.

Toutes les études le confirment : l’eau gérée par le privé est de 20% à 30% plus chère que l’eau gérée par le public.

La carte de la gestion privée (ci-dessous à droite) semble se superposer avec la carte de l’eau chère (à gauche).

Cette emprise de la gestion privée s’est installée à partir d’une longue complicité entre entreprises de l’eau et élus locaux ou nationaux. Ce que le député André Santini qualifie de "longue tradition de négociation".

A noter les multiples affaires de corruption sanctionnées par la justice, mais qui se poursuivent sur des modes plus discrets aujourd’hui. En particulier sous forme d’emplois ou de missions confiées à des responsables politiques ou à leurs proches.

Un modèle ? Un million de familles ne peuvent plus payer l’eau en France !

Les associations se mobilisent pour un vrai droit à l’eau en France.

Deuxième pilier : Les Agences de l’Eau, une bonne idée détournée.

La loi cadre du 16 décembre 1964 introduit un nouveau cadre géographique : le bassin hydrographique pour la gestion des problèmes d’eau. Ainsi elle découpe le territoire français en six ensembles de bassins fluviaux, qui ont pour délimitation les "lignes de partage des eaux".

Dans chaque bassin, un comité de bassin, assemblée délibérante, donne les grandes orientations de la politique de l’eau. Une agence de l’eau, établissement public de l’Etat, met en oeuvre les orientations prises par le comité de bassin.

Le comité de bassin, supposé décider de la politique de l’eau est en réalité un faux parlement de l’eau dominé par les lobbies agricoles et industriels.

Les ressources des Agences de l’Eau proviennent des redevances pollutions payées pour l’essentiel par les consommateurs domestiques. Le principe "pollueur-payeur" est en réalité celui de "pollué-payeur" et de "pollueur payé".

Malgré les sommes investies par les Agences (plus de 2 milliards d’euros par an), la pollution gagne tous les bassins. En particulier en Bretagne.

Nitrates, pesticides... les sommes englouties ne profitent qu’aux pollueurs subventionnés et aux entreprises qui vivent de la pollution.

Le prétendu "modèle français de l’eau", n’en est un que pour ceux qui en profitent. Ce ne sont pas les consommateurs.

Et cependant, c’est ce modèle que pouvoirs publics et entreprises privées veulent exporter.

Les entreprises et les autorités françaises jouent sur l’incapacité des institutions internationales (ou leur inertie organisée) à régler les problèmes d’eau et d’assainissement dans le monde.

Profitant de l’inertie des organisations internationale, les entreprises françaises Veolia et Suez créent un "Conseil Mondial" de l’eau qui, sous couvert de préoccupation humanitaire, sera un outil essentiel de leur conquête de marchés dans le monde.

Michel Camdessus a été directeur du FMI de 1987 jusqu’en 2000. Le rapport Camdessus est la bible du "Conseil Mondial" de l’eau et des lobbies de l’eau qui l’animent. Son modèle : la gestion privée de l’eau au travers de "partenariats-public-privé" ou P.P.P, autre invention française.

Autre modèle à exporter, celui des agences de l’eau, des redevances pollution prélevées sur les consommateurs domestiques et du principe pollué-payeur.

Pour cela deux outils :

- le RIOB (réseau international des organismes de bassins).

- l’ OIEAU (office international de l’eau)

Les promoteurs du RIOB ne s’en cachent pas : leur but est bien la conquête de marchés par les entreprises françaises( voir la publication de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne).

Dernier outil pour la conquête de marchés : la loi Oudin-Santini.

Cette loi d’aspect progressiste vise en réalité un tout autre objectif clairement exposé par son promoteur.

La parole de celui-ci est d’ailleurs relayée par plusieurs responsables politiques de droite comme de gauche.

Face à cette offensive en faveur de la privatisation de l’eau le résistance s’organise.

Premier succès : le retour à la gestion publique à Paris. Anne le Strat, première présidente de "Eau de Paris" était venue à Rennes pour soutenir le collectif luttant pour une retour en régie publique de l’eau dans cette ville.

Autre invité, Mehdi Lahmou, pour parler des luttes menées au Maroc contre l’emprise de Veolia et Suez.

Marseille 2012. Le Forum alternatif de l’eau est le point de rencontre de toutes celles et tous ceux qui luttent pour le droit à l’eau dans le cadre d’une gestion publique de l’eau et de l’assainissement.

La lutte pour un contrat mondial de "l’eau, bien commun" continue.


Voir aussi :

Maroc. Premières "Universités de l’eau" de l’ACME à Kenitra.