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Eau chère. A Brest la Société "Publique" Locale, "Eau du Ponant", bat des records.

mercredi 11 décembre 2013, par Gérard Borvon

La Bretagne reste l’une des régions où l’eau coûte le plus cher. Brest serait même la ville de 100.000 habitants qui afficherait les prix les plus élevés au robinet. C’est ce qui ressort de la dernière étude de la Confédération générale du logement (CGL), association de consommateurs qui dénonce une "jungle" des tarifications en France. Zoom sur les départements bretons.

Voir Le Télégramme du 10 Décembre 2013.


6,2 M€ pour le nouveau siège de "Eau du Ponant". Une priorité au moment où l’eau est déjà si chère ?


Prix de l’eau. Brest, grande ville la plus chère de France ?

A lire également L’étude intégrale

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La Confédération générale du logement (CGL) vient de publier une étude sur le coût de l’eau en France. L’association de consommateurs a examiné 6.328 prix "recensés dans les départements métropolitains et d’outre-mer". Et dresse un constat "édifiant" : "la disparité et le niveau élevé d’un grand nombre de prix sont devenus la règle, ils entraînent de grandes injustices entre les consommateurs".

Quand on se penche sur les chiffres, pas de grande surprise. La Bretagne reste l’une, si ce n’est la région, où l’eau coûte le plus cher. Cela fait plusieurs années que cet état de fait est souligné et commenté.

Les maux bretons

Les explications ? En 2009, nous faisions déjà un point sur le sujet. Le fait que la région ne dispose pratiquement pas d’eaux souterraines et qu’il soit plus compliqué de capter l’eau de surface était l’un des arguments avancés. La présence d’une forte population saisonnière, l’autre.

Et le mode de gestion de ce marché en grande partie assurée par le secteur privé ? Serait-il responsable des prix élevés ? La question se posait déjà. La Confédération générale du logement la repose de nouveau. En mettant en avant les grandes disparités des prix sur l’ensemble du territoire, l’association pointe une injustice et demande la création d’un service public de l’eau.

L’exemple brestois

Sortir du jeu le privé pour garantir des prix bas pour tous. L’idée ne garantit pas le résultat. L’exemple de Brest est en cela intéressant.(voir *)

Jusqu’à mars 2012, l’eau et l’assainissement de l’agglomération étaient gérés par Véolia. En 2009, le prix au m3 était de 3,71 €. En mars 2012, une société publique locale, baptisée Eau du Ponant, a été créée pour reprendre le marché. Le prix au m3 à cette époque était à 4,23 €. Il n’a pas évolué et ne devrait pas baisser sensiblement dans les prochaines années. Pas pour tout le monde en tout cas. Par contre, Eau du Ponant finalise actuellement un projet de tarification sociale qui doit être présenté au prochain conseil communautaire pour une mise en place en 2014. Le genre de mesure qu’une société privée n’aurait peut-être pas proposé.

Le Télégramme 10 décembre 2013.

(*) Noter que la S"P"L, "Eau du Ponant", a sous-traité la fourniture d’eau et l’assainissement à son ancien fermier Veolia. La continuité dans un faux changement qui explique, aussi, un prix qui, loin de diminuer, augmente régulièrement.

voir à ce sujet : Société Publique Locale de l’Eau (SPL), Brest BMO : le dévoiement d’une maîtrise publique de l’eau.


Voir aussi :

Société Publique Locale (SPL) Eau, à Brest. Consensus droite-gauche pour une nouvelle forme de marchandisation.

Société Publique Locale (SPL) Eau du Ponant. L’auberge espagnole.


Ce qui se cache derrière certaines gestions "publiques".

On cite régulièrement des régies ou sociétés "publiques" qui font payer aux usagers des prix bien supérieurs à ceux pratiqués par des gestions confiées au privé. Il peut s’agir de gestions totalement aberrantes (voir par exemple l’assainissement à Hanvec) ou encore de fausses régies sous-traitant l’essentiel de leur responsabilité à une entreprise privée. Ces fausses notes jettent le discrédit sur la gestion publique et on ne peut que le regretter. Après Brest et son sous-traitant Veolia, citons la communauté de communes de Lanvollon-Plouha dans les Côtes d’Armor.

En 2005, la communauté de communes annonçait son passage en gestion publique. Décision célébrée à l’époque comme une victoire des partisans de la gestion publique. Pourtant en 2013 le prix de l’eau y est l’un des plus élevés du département des Côtes d’Armor.

Alors, plus chère la gestion publique ?

Un coup d’oeil sur le site de la communauté de communes de Lanvollon-Plouha nous indique que :

"En 2005, les élus de la Communauté de Communes ont fait le choix de l’exploitation en régie.
La mission s’est donc étendue à la relève des compteurs d’eau et l’établissement des factures. Depuis, seule la production et la distribution de l’eau sont confiées à un prestataire, à savoir la Lyonnaise des Eaux.

De son côté, notre collectivité publique assume la gestion directe du service, à savoir : l’accueil de la clientèle, la relève des compteurs et l’établissement des factures.Vous trouverez dans les fichiers téléchargeables notre règlement de service."

Se contenter de relever les compteurs et d’établir les factures pendant que la production et la distribution de l’eau, c’est à dire l’essentiel du travail, sont confiées au privé. Est-ce vraiment cela qu’on puisse appeler service "public" ?

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Facture type relevée sur le site de Lanvollon-Plouha. 9,69€/m3, c’est effectivement très cher !